Où un vieux singe apprend un nouveau tour de programmation

J’exagère, je ne crois pas qu’on puisse dire que je suis un vieux singe [1].

Il y a maintenant plus de deux semaines, un peu par ennui, un peu par esprit de procrastination, j’ai décidé d’apprendre comment utiliser R Markdown. Vous pouvez arrêter de lire ce billet ici si vous n’utilisez pas de logiciel statistique comme R, parce que ce qui va suivre pourrait vous ennuyer profondément [2]. De ce que j’en savais, R Markdown est une extension de R qui permet de produire des documents, mais ça me semblait ultra compliqué et modérément utile.

J’avais tord. Après une heure de taponnage, j’étais capable de produire un document HTML satisfaisant. Je suis maintenant convaincue que (presque) tout les utilisateurs de R bénificierais de l’utilisation de Markdown. J’ai même créé une secte de convaincus [3]. Pourquoi est-ce que vous devriez faire le saut vous aussi?

Parce que c’est utile

Avez-vous déjà recopié des résultats d’analyses statistiques dans un tableau Word? Ou rassemblé plusieurs figures de données brutes dans un dossier, pour avoir une idée de ce qui se passe dans vos données? Ce sont des actes très simples que presque tout scientifique fait. Que ce soit pour faire des rapports préliminaires ou des articles parfaitement formatés, on retranscrit des informations tirés d’analyses statistiques. Et quand les résultats changent ou que de nouvelles données sont ajoutées, il faut recommencer. Avec R Markdown, vos résultats se mettent à jour en un clic de souris.

Parce que c’est facile

Si vous êtes capable de faire des analyses statistiques dans R, vous êtes capable d’utiliser R Markdown. Lorsqu’on crée un nouveau script markdown, le document affiche quelques informations qui vous permettent rapidement de prendre en main l’application. Vous pouvez aussi suivre un tutoriel ou utiliser la cheat sheet [4].

Pour impressionner des collègues

Pourquoi pas? Si vous êtes étudiant, vous aurez peut-être plus de chance avec votre directeur.

Parce que c’est presque du tricot

Et oui! Pour créer le document, on utilise un fonction appelée knit, soit tricoter en anglais. J’adore.

[1] Mais que serait ce blogue sans exagération?

[2] J’ai fait une liste de mes meilleurs textes qui pourrait vous intéresser en attendant, bien qu’elle mérite d’être mise à jour.

[3] Bon, un groupe de convaincus. On ne donne pas dans la religion pour des outils statistiques quand même!

[4] C’est pas de la triche, mais quasiment! Toutes les fonctions les plus pratiques sur une feuille que vous pouvez imprimer et garder à portée de main.

Les scientifiques doivent-ils prendre des positions politiques?

J’ai l’impression que si je veux aborder les prises de positions de Dominic Champagne [1], metteur en scène, je dois d’abord mentionner que j’ai signé le Pacte pour la transition. Cette information préalable vous permet de me placer sur l’échiquier de la mobilisation contre les changements climatiques et vous indique que je ne suis pas contre les prises de positions des personnalités du milieu artistique. Plus que d’avoir simplement signé cet engagement, j’ai procédé à une réflexion sur mes habitudes et amélioré certaines. Comme plusieurs, je ne suis pas parfaite, mais je travaille à limiter mon impact environnemental.

Ce que je n’aime pas, c’est lorsque ce même metteur en scène vient dire que les scientifiques doivent se commettre, se mobiliser et proposer des solutions.

Est-ce que les scientifiques doivent prendre position dans des débats de société? Doivent-ils aller plus loin que fournir des données? On se pose probablement la question depuis Galilée [2].

En ce moment, je serais tentée de répondre non [3], et que le mot « devoir » me semble trop contraignant. Les scientifiques peuvent se mobiliser et prendre position, mais ça ne devrait pas être une obligation. Un engagement militant peut être dommage pour une carrière et qui suis-je pour obliger quelqu’un à faire ce choix? [4] D’ailleurs, de nombreux scientifiques sont à l’emploi des gouvernements et ont un devoir de réserve quant à leurs interventions publiques. Finalement, l’engagement militant n’est pas la tasse de thé de tous et comme les scientifiques sont des humains comme les autres, ils ne sont pas nécessairement intéressés par ce type d’activité.

De plus, les solutions aux changements climatiques sont relativement connues et elles ne sont pas technologiques. Changer nos habitudes, réduire notre consommation, nos émissions de gaz à effet de serre. Les solutions accessibles sont politiques et sociales. La technologie ne viendra pas nous sauver. C’est tout au plus un plaster sur une hémorragie. Si vous espérez encore qu’on invente une formidable machine pour capter le CO2… réveillez-vous, ça n’arrivera pas.

Signez le pacte,changez vos habitudes et laissez les scientifiques non-mobilisés faire de la science.

[1] À ce que j’en sais, nous n’avons AUCUN lien de parenté.

[2] C’est presque une introduction digne d’un élève du secondaire (« depuis le début des temps »).

[3] Je n’ai pas vérifié mon blogue, mais j’ai peut-être déjà dit le contraire…ça ne me surprendrait pas de changer d’idée.

[4] Et ne parlons même pas des gens en dehors du milieu scientifique qui font ces demandes…

Des pages et des pages

Lorsque je me prépare à partir en congrès ou en voyage, je fais face à une question critique : combien de livres dois-je amener? Plusieurs variables sont à considérer : l’intérêt et le nombre de pages restantes de ma/mes lecture(s) en cours, la place disponible dans mes bagages, les autres livres que j’ai envie de lire, la possibilité d’acheter un livre à destination…[1]. Je ne suis pas la seule à vivre ce dilemme, mais la lecture de fiction n’est pas si répandue parmi les scientifiques (selon mon pifomètre).

Plusieurs amis et collègues étudiants m’ont déjà avoué ne plus lire, depuis leurs études universitaires. Manque de temps, fatigue due à la lecture pour les études et le travail…toutes les raisons sont possibles. Ce que vous faites de votre temps libre vous appartient et ce temps n’étant pas illimité, c’est normal de couper quelque part! Mais je me demande l’impact que ce choix peut avoir sur certaines compétences scientifiques. Deux aspects m’intriguent particulièrement : la capacité à lire et à écrire des articles scientifiques et les habiletés de présentateur [2].

C’est en partie Stephen Heard, en visite à l’Université Laval, qui a initié ma réflexion [3]. Pour améliorer son écriture scientifique, il suggérait de lire...de tout! Stephen faisait cette suggestion avec un peu de gêne, notant que lorsque notre langue maternelle n’est pas l’anglais, c’est un poids supplémentaire que de lire en anglais dans ses loisirs. Ça devient un autre « il faut », une autre chose à faire dans une liste qui ne finit pas de s’allonger, qui nous mène à la fatigue et à la déprime.

Mais la lecture, qu’elle soit en français ou en anglais, peut aider le moral. C’est un moment de relaxation, une activité qui permet de décrocher. Je suis profondément convaincu que les gens qui n’aiment pas lire n’ont pas encore fait la bonne rencontre. La rencontre avec un auteur, un personnage ou une histoire qui lui parle. Ce n’est probablement pas un argument convaincant pour toi, lecteur qui ne lis plus de fiction depuis tes cours des littérature au Cégep.

Aujourd’hui, cher lecteur de billets de blogue courts, je te suggères d’essayer quand même, et de renouer avec le livre. Peut-être un livre pour enfant ou un roman graphique? Ou encore, pour la première fois de ta vie, lire un poème sans chercher à savoir ce que le poète a voulu dire? [4] Alors un essai, qui te donnera envie de lire? [5]

Et pourquoi pas te laisser conseiller, par ton libraire ou ton bibliothécaire?

[1] Oui, j’ai une liseuse, mais je lis aussi encore sur papier! Si vous avez envie, vous pouvez devenir mon ami Goodreads, pour que l’on se partage des lectures…

[2] Je ne développerai pas ce point aujourd’hui, mais une présentation orale, c’est un peu comme raconter une histoire. Et on manque cruellement de bons raconteurs dans le milieu académique.

[3] Son blogue est excellent

[4] Cette idée me vient directement de David Goudreault, dans un spectacle.

[5] https://www.goodreads.com/book/show/81032.Comme_un_roman

Excitation, rencontres et syndrome d’imposteur

Si je suis restée muette dans les dernières semaines, c’est en partie parce que j’organisais un atelier au Carrefour Forêts 2019, un évènement du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Cet atelier, intitulé Aménagement forestier et population abondantes de cervidés : un dialogue pour la conciliation, a consisté en un panel d’expert suivi de groupes de discussions.

C’était la première fois que j’organisais un évènement de cette ampleur, c’est-à-dire une soixantaine de participants. L’expérience a été géniale et les commentaires des participants ont généralement été positifs. Bref, je ne pouvais demander plus. J’ai fait également beaucoup de rencontres pertinentes au Carrefour, durant et après l’atelier. Je suis encore nouvelle dans le milieu forestier et chaque occasion apporte de nouveaux contacts. Quand j’étais au doctorat, j’étais déçue que ces nouveaux contacts ne mènent pas directement à de nouvelles opportunités ou à de nouveaux projets. Mais le réseautage est un travail de longue haleine et je vois maintenant mes efforts porter fruit. Aux débutants qui me lisent, ne désespérez pas! Continuez à serrer des mains, à vous présenter, à échanger!

Je discuterai probablement une autre fois [1] de comment nous avons organisé l’activité (c’est dur de créer des questions qui permettront aux participants de discuter en profondeur!). Aujourd’hui, j’aimerais plutôt vous dire comment j’ai parfois erré du côté du syndrome de l’imposteur. Ma confiance est assez résistante aux assauts, mais organiser un tel atelier et surtout, m’auto-inviter dans un panel d’expert, c’est un peu beaucoup.

Le syndrome d’imposteur, c’est le sentiment d’être là par chance et d’être une fraude. Et c’est la peur que quelqu’un nous démasque. Il existe de très bons textes au sujet de ce syndrome [2]. Comme j’ai de l’expérience à me sentir comme une impostrice [3], j’ai décidé de ne pas écouter la voix intérieure qui me suggérait ces idées. Mais c’est un conseil absolument nul à vous donner, si vous êtes dans une situation similaire : « Arrête d’y penser, ça va aller! ».

Il n’y a pas de solution facile pour arrêter de se sentir comme un imposteur. S’entourer de gens honnêtes est un début, mais s’appuyer sur les autres n’est qu’une béquille. Sur le long terme, il s’agit de bâtir sa propre confiance et d’identifier nos propres comportements toxiques. Par exemple, arrêter de minimiser ses accomplissements. Lorsque je mentionne que je vais rester en poste à la Direction de la recherche forestière parce que j’ai obtenue une bourse de 2 ans [4], je rajoute souvent que j’ai failli ne pas l’avoir. À quoi ça sert de rajouter cette information? Quelle est ma motivation à me rappeler sans cesse que j’aurais pu ne pas avoir une bourse alors que je l’ai? Maintenant que j’ai identifié le comportement, il est temps de l’arrêter.

Si vous vous sentez comme un imposteur, n’hésitez pas à en parler et à débusquer vos comportements toxiques. Et si vous ne savez pas à qui en parler, n’hésitez pas à me contacter.

[1] Je dis souvent cela et je n’écris jamais le blogue sur le sujet proposé. Espérons que je me dompte…

[2] Un courte introduction sur Huffpost (en français) : https://quebec.huffingtonpost.ca/roxanne-pellerin/syndrome-imposteur-definition-solutions_a_23534120/

Un Ted talk sur le syndrome de l’imposteur, surtout pour les minorités: https://www.youtube.com/watch?v=kx6eP0Gb344

Et quelques blogues en anglais parmi les nombreux qu’une recherche rapide peut apporter

https://theresearchwhisperer.wordpress.com/2016/02/02/imposter-syndrome/

https://www.chronicle.com/article/How-to-Overcome-Impostor/244700

[3] Oui, c’est le bon mot: http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?Th=2&t1=&id=1922

[4] Et oui! HOURRAH!

Le faux lien entre papier hygiénique et la déforestation

Ces derniers temps, plusieurs articles dans les médias sur le milieu forestier m’ont fait sursauter. Il y a beaucoup de fausses informations dans ces articles. C’est une chose de citer une personne, mais je crois qu’un journaliste compétent devrait rectifier l’utilisation incorrecte de certains termes, en fournissant des définitions et des faits. Entre cette vision utopique et la réalité, il y a parfois un monde.

C’est ainsi que récemment, j’ai vu passer un article où l’on parlait de déforestation en forêt québécoise. Ce terme est utilisé dans un rapport du Natural Resource Defense Council (NRDC), un groupe d’activistes qui disent recourir à des experts scientifiques. Malheureusement, l’emploi du terme déforestation est fautif (1).

La déforestation ou le déboisement, c’est la perte de forêts, c’est-à-dire qu’il y a conversion d’une forêt en autre chose. Le déboisement, c’est par exemple la petite forêt de votre quartier qui est transformé en extension du quartier résidentiel. Selon le gouvernement du Canada, le taux de déboisement au pays est de 0.02%. C’est minime!

Lorsqu’il y a coupe forestière, l’industrie forestière n’a aucun avantage à ce que la forêt ne se régénère pas. Au contraire, si on veut retourner exploiter la même section de forêt dans 50 ou 100 ans, on a besoin d’une régénération vigoureuse et donc, d’une nouvelle forêt. Je ne vois donc pas comment la coupe pour produire du papier hygiénique peut mener à la déforestation à grande échelle.

Déforestation est un terme utilisé de façon tendancieuse dans ce contexte, question de générer une réaction du public. D’ailleurs, le représentant du NRDC parle de forêts irrémédiablement endommagées, ce qui me semble une autre exagération grossière.

Bref, rappelons-nous d’utiliser notre jugement critique. N’hésitez pas à me faire parvenir des nouvelles du milieu forestier ou faunique que vous jugez douteuses. Il me ferait plaisir d’enquêter et de débusquer les fausses nouvelles, exagérations et autres mauvaises utilisations de termes techniques.

(1)    Je n’ai pas l’intention pour l’instant d’aller lire ce rapport, je ne peux donc pas en critiquer le contenu, ni la compétence des experts qui l’ont produit.

Le glyphosate & la forêt

Les médias sont lancés, on arrête plus d’entendre parler du glyphosate et surtout de son utilisation en agriculture dans les journaux, la radio et la télévision.

Saviez-vous que le glyphosate est également utilisé en foresterie? Ne montez pas sur vos grands chevaux car le glyphosate n’est plus utilisé dans les forêts publiques québécoises, soit 90% des forêts du Québec, depuis 2001. J’ai eu envie de vous fournir quelques informations à ce sujet.

Avant d’aller plus loin, précisons que mes sources d’informations sont indiquées dans le texte. Pour la compétition, j’ai principalement fait appel à mes connaissances de biologiste. J’ai également consulté un article par Nelson Thiffault et Vincent Roy, qui fait un résumé de l’utilisation historique du glyphosate au Québec et de la situation actuelle. Lorsque je fais directement référence à des informations contenues dans cet article, vous verrez apparaître [1] dans le texte.

Un herbicide en forêt?

Ça peut sembler bizarre d’utiliser un herbicide en forêt, mais l’objectif recherché est simple : l’herbicide sert à diminuer la compétition sur les espèces exploitées. En effet, la présence d’autres plantes peut diminuer l’accès aux ressources (lumière, eau, nutriment) et donc réduire la croissance et la survie des espèces des arbres récoltés en foresterie. Vous avez peut-être déjà observé cet effet dans votre potager...si une plante fait de l’ombre à une autre, sa croissance et sa productivité s’en trouve diminuée [2].

Cette pratique est principalement liée à une utilisation plus intensive de la forêt et a été historiquement utilisée dans les plantations de conifères au Québec [1]. Les conifères sont des espèces à croissance plus lente que des espèces herbacées ou arbustives, et peuvent donc rapidement être dépassés en hauteur par des herbacées, des graminées ou des arbustes, comme les framboisiers [1].

Où est utilisé le glyphosate?

La question est plutôt où il n’est pas utilisé. Comme mentionné plus haut, il n’est pas utilisé en forêt publique québécoise, et la Nouvelle-Écosse ne contribue plus financièrement aux traitements d’herbicides. Il est utilisé dans les forêts du Nouveau-Brunswick et dans d’autres provinces canadiennes ainsi qu’aux États-Unis.

Par quoi a-t-on remplacé le glyphosate au Québec?

Par des méthodes mécaniques de diminution des plantes compétitrices. On effectue du scarifiage qui prépare le sol, du dégagement et des éclaircies, en enlevant directement les plantes concurrentes autour des arbres. Dans une plantation, on peut utiliser des plants plus gros, qui ont un avantage compétitif [1]. En passant, la forêt québécoise est gérée selon le concept d’aménagement écosystémique, où l’on veut rapprocher la forêt aménagée d’une forêt naturelle. Les pratiques choisies visent à se rapprocher de cet objectif, peu importe ce qu’en disent un certain chanteur-compositeur.

Le remplacement du glyphosate par des moyens mécaniques de gestion de la végétation concurrente n’est pas sans défi et la recherche a encore beaucoup à apporter pour améliorer les techniques et réduire les couts [1]. Par exemple, certaines plantes envahissantes causent des problèmes particuliers, difficiles à résoudre [3]. Mais n’est-ce pas rassurant de voir que nos énergies sont dirigées vers des pratiques sans herbicides, dans un contexte de crise?

[1] Thiffault, N., et V. Roy. 2011. Living without herbicides in Québec (Canada): historical context, current strategy, research and challenges in forest vegetation management. European Journal of Forest Research, 130 : 117-133.

[2] Il existe aussi des cas de facilitation entre les plantes, où la présence d’une facilite la croissance et la survie d’une autre. Mais ce n’est pas mon sujet aujourd’hui.

[3] Thiffault, N., S. Debar, F. Hébert, M. Barrette, et M. Brousseau. 2018. Maîtriser le nerprun bourdaine en plantations forestières: préparation mécanique du sol ou phytocide chimique? Le Progrès Forestier:26-30.

Des liens, des liens, encore des liens

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour respirer dans les dernières semaines et j’ai l’impression de n’avoir rien à raconter. Par contre, il y a plein de choses qui ont capté mon attention dans le milieu scientifique. Voici donc un paquet de liens!

Controverses!

Meghan Duffy a écrit un billet de blogue qui me conforte dans mes opinions sur le nomadisme académique.  Et clairement, elle a touché une corde sensible parce que ce texte est très commenté et partagé.

Graphiques, figures et compagnie

Aujourd’hui, j’ai passé la moitié de ma journée à créer une belle carte pour une affiche. Et j’ai récemment travaillé pendant une semaine sur le même graphique [1]. Quand j’y pense, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps.

Pourtant, la visualisation des données est particulièrement importante. Si une image vaut parfois mille mots, c’est parce qu’elle transmet beaucoup d’informations. Et quand beaucoup d’informations sont dans un relativement petit espace, on augmente le risque de confusion. À ce sujet, un nouveau livre est maintenant disponible en libre accès (en anglais; merci à Olivier pour le lien!). Je n’ai pas pu l’essayer, mais ça semble très bien! Il y a aussi Meghan Duffy (encore), du blogue Dynamic Ecology, qui a partagé son expérience avec un type de graphique peu utilisé. Si vous avez lu ma thèse [2], vous savez que j’ai moi-même utilisé des graphiques avec des lignes pairées.

Statistiques

J’ai lu un preprint dont j’ai compris à peu près la moitié…mais qui me semble très pertinent. Il y aurait des articles qui critiquent l’inférence multi-modèle et ce preprint répond aux critiques. Ce sera particulièrement utile pour moi dans les prochaines semaines, car je dois répondre à un arbitre à ce sujet. Si je réussi à répondre correctement à ses critiques, mon dernier article de doctorat pourrait être publié…

Le preprint m’a mené à cet article super intéressant, qui est en fait une recette pour faire et décrire des régressions . Ce n’est pas le premier article du genre par ces auteurs. En fait, ils ont une compagnie de consultants en statistiques et ont écrit plusieurs livres de référence.

[1] Pas à temps plein quand même…

[2] Très peu probable.

Ma Gaspésie et le bonheur

Durant le temps des fêtes, j’ai lu un texte très inspirant de Patrick Lagacé, Trouver sa Gaspésie. C’est le récit de Louis, qui a trouvé ce qui le fait vibrer dans la vie (ladite Gaspésie) et a décroché de sa trajectoire professionnelle tracée d’avance pour vivre heureux. Lagacé se sert de cet exemple pour nous interroger sur une question importante : est-ce que nos choix actuels nous rendent heureux ?

L’exemple de Louis peut sembler intense pour certains. Ce l’est certainement pour moi. Démissionner d’un emploi bien payé, qui correspond au succès dans son domaine, et déménager loin de sa famille, ça demande du courage. Pas le courage héroïque, celui dont on parle dans les films, mais le courage quotidien, qui demande un effort dans la durée.

Heureusement, je crois que pour la majorité des gens le bonheur ne découlera pas d’un geste grandiose ou d’un virage à 180 degrés. Le bonheur, ce peut être d’avoir un horaire qui permet de passer du temps avec ceux qu’on aime ou d’exercer une activité qui nous fait vibrer.

Personnellement, je suis heureuse dans mon travail, même si ma situation est précaire. Je suis heureuse de rentrer au travail le lundi matin. Il y a un discours dominant de haine du travail, des lundis, des patrons, des collègues… [1] Je ne dirais pas que je déteste le vendredi soir. Au contraire, je l’attends souvent avec impatience! Mais j’aime ce que je fais, passionnément. J’ai eu la chance de trouver du premier coup mon domaine. Cette chance ne semble pas être donnée à tous. Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout, les malchanceux sont ceux à qui tout arrivent…? [2] Peut-être, peut-être pas. On fait des choix pour notre carrière professionnelle très jeunes et il faut du courage pour remettre ces choix en question.

Pour 2019, je vous souhaite d’être heureux de la manière qui vous convient.

[1] Aucune référence pour ça, c’est seulement une impression. Peut-être que j’ai cette impression parce que ça ne me rejoint pas?

[2] Citation d’Eugène Labiche, académicien français dont je ne connais que la page Wikipédia

Le test statistique sans distribution et le 'lady tasting tea experiment'

La semaine passée, j’ai renoué avec un type d’analyse statistique simple, à la portée de tous. Et étonnament, cette tâche qui aurait pu être rébarbative m’a permis de découvrir un pan comique de l’histoire des statistiques.

Brièvement, j’ai réalisé des tests de contingence. Un test de contingence vise à déterminer s’il y a une relation entre deux variables catégoriques. Prenons par exemple la probabilité de survivre au naufrage du Titanic et le genre [1].

C’est un cas de « rien qu’à voir, on voit bien » : il y a un lien entre la probabilité de survivre et le genre, les femmes ayant survécu dans une bien plus grande proportion. Les test de contingence comparent les données obtenues aux données prédites lorsqu’il n’y a pas d’interaction entre les deux variables (survie ou mort, homme ou femme).

Figure par P. M. Magwene, 2016. https://bio204-class.github.io/Bio204-Fall-2016/chi-squared-test.html

Figure par P. M. Magwene, 2016. https://bio204-class.github.io/Bio204-Fall-2016/chi-squared-test.html

Si vous êtes toujours en train de lire, vous devez avoir très hâte que je cesse de vous parler de statistique et que j’arrive à l’histoire comique. J’y viens!

Le test de contingence de base est un test de χ2, mais il demande une bonne taille d’échantillon. Lorsque notre échantillon est petit, on peut parfois utiliser le test exact de Fisher. On dit que c’est un test exact, car il nous donne directement une valeur de p, sans passer par une estimation basée sur une distribution statistique [2]. Fisher, c’est Ronald Fisher, un homme qui a fortement influencé le domaine de la statistique et dont on dit qu’il a posé les bases de la statistique moderne. C’était aussi un eugéniste et un raciste, malheureusement.

Fisher a inventé son test exact pour vérifier si Muriel Bristol était bel et bien capable de déterminer si le thé ou le lait avait été ajouté en premier dans sa tasse. Et oui, Bristol disait pouvoir faire cette différence…. C’est ce qu’on a appelé le ‘lady tasting tea experiment’, bien qu’on aurait pu l’appeler ‘la phycologiste testant le thé’, car Muriel Bristol était elle-même une chercheuse, spécialisée dans les algues.

Il y a quelques années, des amis à moi se sont pris d’amour pour le test du lait, lors de soirées. Pourriez-vous identifier le pourcentage de gras du lait simplement au goût? Malheureusement, si ces derniers veulent utiliser le test exact de Fisher, ils devront limiter l’expérience. On ne peut utiliser ce test qu’avec des variables présentant deux catégories!

[1] Cet exemple est tiré de Whitlock, M. C., and D. Schluter. 2009. The analysis of biological data. Roberts and Company Publishers, un livre bien pratique pour comprendre des méthodes statistiques de base.

[2] Pour ceux qui s’y connaissent un peu en statistique, c’est déjà assez surprenant!

Partager ses articles : politesse ou devoir scientifique?

Récemment, j’ai demandé à des chercheurs sur le site Research Gate [1] de m’envoyer une copie PDF d’un de leurs articles. Je n’avais pas accès à cet article sur le site de ma bibliothèque, ni gratuitement sur Internet. Je n’ai reçu aucune réponse, ce qui arrive fréquemment sur Research Gate. Selon mon expérience, demander un PDF a habituellement plus de succès par courriel, mais j’ai été un peu paresseuse. Je dis aucune réponse, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Une des coautrices de l’article m’a dit qu’elle n’avait pas l’article en question et de contacter un autre des coauteurs. Ça m’a fait réfléchir à cette question du partage informel d’articles entre scientifique. Est-ce une simple mesure de politesse ou un devoir de scientifique?

Pour la petite histoire, ce n’est pas d’hier que les scientifiques s’envoient des copies de leurs articles. En fait, avant la domination du format électronique, les chercheurs demandaient les articles par carte postale. Je n’invente rien, voyez ici. Je trouve qu’il y avait quelque chose d’un peu romantique à cette méthode, une sorte de sentiment de communauté, d’entraide et toutes ces autres belles valeurs là.

Envoyer des articles par la poste demandait plus de temps que d’envoyer un courriel. Et pourtant, ça fonctionnait. James Hartley a testé la question en 1997 (voir la référence ci-dessous) Le taux de réponse aux cartes postales et aux lettres étaient de 66%. Une deuxième expérience comparant la réponse aux cartes postales et aux courriels montre un taux de réponse de 75%. Hartley a fait des tests avec peu de sujets d’étude, mais ces résultats semblent indiquer que la majorité des chercheurs répondent positivement à une demande, même s’ils devaient POSTER leur article!

Je crois qu’il fait partie du devoir d’un chercheur que de fournir une copie PDF lorsqu’elle est demandé par un autre chercheur. Non seulement c’est l’un des devoir du scientifique (diffuser ses résultats), mais cela encourage la collaboration et la discussion. Dans un sondage non-scientifique sur Twitter avec 42 répondants anonymes, on peut voir que mon opinion est partagée par d’autres chercheurs :

Bon, la caractéristique première de mon échantillonnage est que ces gens me suivent sur Twitter, donc ils pensent peut-être un peu beaucoup comme moi. Et si vous lisez ce blogue, vous pensez peut-être aussi pas mal comme moi…ou peut-être pas? N’hésitez pas à laisser votre opinion en commentaire.

Oui, je sais, j’écris moins ces temps-ci, mais je n’ai pas abandonné ce blogue!

[1] Un LinkedIN de scientifique

HARTLEY, J. (1997). Postcard, Letter, or E-Mail? What's the Best Way to Obtain a Reprint?. Science Communication, 19(1), 56-61.

Chialage de postdoc

Avez-vous regardé le dossier postdoctorat du Magazine Découvrir de l'ACFAS ? Peut-être que oui, car j'ai contribué au magazine par un témoignage. Peut-être que vous êtes sur mon blogue suite à ce témoignage (bienvenue!).

C'est un dossier très complet et vraiment intéressant, et je trouve qu'on y ressent bien toute la difficulté de la position de postdoctorant. Je retiens des témoignages et des articles un certain niveau de souffrance chez les postdoctorants. Nous évoluons bien souvent sur une ligne étroite, entre les obligations d'un milieu qui ne conviennent pas aux aspirations personnelles modernes et le désir de faire de la recherche.

Nous sommes terriblement qualifiés et compétents, mais nous devons fréquemment répéter que nous ne sommes pas des étudiants dans une série de micro-agressions systémiques. Mon Université actuelle (1) nous traite comme des étudiants qui doivent s'inscrire à chaque session. J'en bénéficie (2), mais si vous saviez comment je serre la mâchoire quand je dois renouveler ce statut. Mon contrat de stage actuel me nommait comme 'étudiante', jusqu'à ce que mon superviseur universitaire propose de changer le terme pour 'stagiaire'. Je suis actuellement suivi par un comité d'encadrement plus imposant que celui de mon doctorat. Je n'ai aucun avantage sociaux et je ne suis même pas sûre des règles d'impositions pour ma bourse.

Et pourtant, j'aime ce que je fais et mon milieu de travail. Suis-je en train de me plaindre la bouche pleine? Le mal-être des postdoctorants semble pourtant généralisé.

Les chercheurs universitaires et gouvernementaux reconnaissent la valeur de notre travail. Je crois qu'il est simplement temps que les institutions en tiennent compte.

  1. Et passée...

  2. Par exemple grâce au rabais sur les laissez-passer d'autobus

Le club des journaux oubliés

Dans les tréfonds des bibliothèques se cachent encore des volumes et des volumes de journaux scientifiques en papier. Vous n’y êtes peut-être jamais allé, surtout lorsqu’on sait que ces masses de papier se cachent parfois au deuxième sous-sol, dans des couloirs un peu confus. C’est pourtant une expérience presque religieuse de se promener au travers des rayonnages compacts, ces bibliothèques à manivelles déplaçables. D’abord, il y a cette odeur de livres, chère aux lecteurs. Ensuite, il y a le silence, même en pleine saison d’examen. Finalement, il y a le plaisir de déplacer les rayonnages. On crée de nouveaux allées et on en referme, cachant une partie des miliers de volumes disponibles.

À chaque fois que j’actionne la manivelle, je regarde la rangée que je m’apprête à refermer, question de ne pas écraser un membre du club des journaux oubliés.

Il n’y a personne.

Je suis une abonnée des rayonnages compacts depuis longtemps. Contrairement à la croyance populaire, tout n’est pas disponible sur internet car tout n’a pas été numérisé. Certains volumes de journaux scientifique ne sont disponible QUE sur papier. Et je ne parle pas nécessairement de journaux datant des années 40. J’ai déjà du faire venir d’une autre université des copies papier d’articles de la fin des années 90 et du début des années 2000.

Aujourd’hui, j’ai même eu besoin de consulter un microforme. On aurait dit que je me trouvais dans un film policier, à consulter de vieilles éditions de journaux pour découvrir un meurtrier.

Parfois, le déplacement en valait la peine et je tombe sur un article essentiel à mes projets. Parfois non. On ne peut savoir à l’avance (sauf si le résumé d’un article dit tout…ce qui est rare).

C’est la beauté de la découverte, qui demande plus d’effort qu’un clic.

C’est quoi ça ? Un guide pour aider votre ami à identifier des trucs

Une image de faible qualité où l'on voit plus mes doigts que la plante.

Une image de faible qualité où l'on voit plus mes doigts que la plante.

Ça arrive souvent sur les réseaux sociaux, quelqu’un qui demande « C’est quoi ça ? », avec une photo floue d’une plante ou d’un oiseau [1]. Parfois, la personne intriguée va jusqu’à identifier un ami biologiste qui peut alors se sentir soit compétent, soit paniqué.

Ne pensez pas que je n’aime pas répondre à vos questions… j’aime beaucoup cela ! Mais un biologiste n’est pas spécialiste de toutes les bébittes. En fait, je suis personnellement une très mauvaise botaniste/ornithologiste. Je suis une écologiste avec une faible fibre naturaliste qui préfère trouver des traces de broutement plutôt que mettre un nom sur des choses.

Il est possible de maximiser les chances que quelqu’un identifie le sujet de votre curiosité sans investir dans un objectif dispendieux pour votre appareil photo. Il suffit de noter les bonnes informations, et de prendre la bonne photo :

Où vous trouvez-vous ? Je parle de géographie, bien entendu, mais également de type d’habitat. Êtes-vous dans un milieu ouvert (un champ) ou en milieu fermé (forêt) ? Près ou loin d’un milieu urbain ?

Si vous êtes devant une plante, votre ami botaniste, amateur ou professionnel, pourrait utiliser un guide comme la Petite flore forestière du Québec, ou encore, une clé d’identification comme celles de la Flore laurentienne. La Petite flore est d’ailleurs un guide peu cher que le botaniste amateur québécois appréciera. Peu importe, vous l’aiderez grandement avec quelques renseignements généraux :

  • Est-ce une plante ligneuse (arbre, arbuste) ?
  • Comment se présentent les feuilles (voir image) ? Comment est leur rebord?
  • Est-ce que la plante a du poil, des épines, des sécrétions collantes?
  • Prenez une photo des feuilles, avec le moins de feuilles possible en arrière-plan. Vous pourriez utiliser un sac ou un manteau comme arrière-plan.
  • Prenez une photo des structures reproductives (fleurs ou fruits), s’il y en a.
Une illustration par  Benoit  qui démontre efficacement deux types de feuilles fréquentes.

Une illustration par Benoit qui démontre efficacement deux types de feuilles fréquentes.

Si vous êtes devant un oiseau, essayez de noter ou de photographier les informations suivantes :

  • Essayez d’approximer la taille de l’oiseau. Une taille similaire au moineau domestique ou au grand héron ?
  • Notez tout ce que vous pouvez sur sa coloration : la queue, est-elle rayée ? Est-ce qu’il y a des tâches sur les épaules, sur la tête ?
  • Notez la forme du bec. Est-il fin, pointu, rond, crochu ?
  • Est-ce que l’oiseau est seul ou en groupe ?
  • Enregistrez le chant, si possible.

Étrangement, on me demande toujours d’identifier soit la tourterelle, soit le cardinal. Le chant du cardinal peut varier, mais si vous avez l’impression d’entendre des lasers, c’est probablement lui.

Rarement m’a-t-on demandé d’identifier un mammifère ou un poisson, alors que je crois que les gens font fréquemment des erreurs à leur sujet. Je ne connais pas assez les insectes et les reptiles et amphibiens pour vous aider à ce sujet, mais noter le plus d’information possible est un bon départ.

Allez, envoyez vos photos maintenant !

[1] L’inspiration de ce billet m’est venue de deux demandes d’identification récentes. Merci Joëlle et David !

En bref: Combien de chiffres?

Je suis en processus d’extraction de données d’articles scientifiques. Quand ça va bien, les données sont présentées sous forme de tableau et je peux donc facilement les retranscrire. Parfois, la vie m’aime moins et les données sont emprisonnées dans des figures.

Pour extraire ces données, j’utilise un logiciel en ligne génial. Ce logiciel me donne la valeur des points sur un graphique, mais avec une myriade de chiffres après la virgule. D’instinct, le scientifique préfère plein de chiffres après la virgule. Cette mesure nous semble plus précise [1].

L'interface du logiciel avec le graphique et les données à extraire. Le point rouge correspond à la donnée que je demande au logiciel de me fournir.

L'interface du logiciel avec le graphique et les données à extraire. Le point rouge correspond à la donnée que je demande au logiciel de me fournir.

Et voilà, la valeur du point!

Et voilà, la valeur du point!

Sauf que dans le cas qui nous occupe, je n’ai pas le droit d’utiliser tout ces chiffres après la virgule. Les chiffres après la virgule proviennent de la capacité du logiciel à mesurer précisément l’emplacement du point sur le graphique. Mais les données que j’en extrait ne peuvent pas être plus précises que les données brutes. Si les données brutes sont des centimètres parce que l’instrument utilisé n’était pas plus précis, je ne peux pas inventer les millimètres à l’aide du logiciel d’extraction de données.

« Très intéressant Emilie, mais je ne fais pas de méta-analyse, cette information m’est inutile »

Vraiment? Vous n’avez jamais utilisé Excel pour faire une opération simple (multiplication, soustraction)? Et oui, même problème.

D’ailleurs, combien de chiffres après la virgule devrait-on rapporter? Au Cégep, j’ai appris que c’était lié à la précision de l’instrument utilisé. Mais quant est-il lorsque l’on parle de statistiques?

Mon codirecteur de doctorat m’a appris à rapporter le dernier chiffre incertain. Par exemple :

  • Une moyenne de 1 avec une variance de 1 : 1 ± 1
  • Une moyenne de 1 avec une variance de 0.1 : 1.0 ± 0.1
  • Une moyenne de 1 avec une variance de 0.01 : 1.00 ± 0.01

J’espère que je ne me suis pas emmêlée les pattes dans mes explications. N’hésitez pas à me contredire ou à me corriger dans les commentaires.

[1] Pour une définition de la différence entre précision et exactitude dans une mesure, je vous suggère ce site, pas très beau, mais pratique.

Microagressions: des stratégies pour agir

Oui, je suis encore en vie, mais c’est l’été et en plus d’un horaire particulièrement chargé, je dois m’amuser et me reposer. Je me suis également dit que vous aviez peut-être autre chose à faire que lire mon blogue. Et si je dois absolument me trouver une autre excuse, j’attendais également qu’un sujet intéressant vienne à moi (1).

Le voici, le voilà : comment réagir aux microagressions (2). Ok, j’en entends déjà: ah non, encore un truc social compliqué, on ne peut plus rien dire. Je vous promets que ce ne sera pas compliqué, mais je ne peux pas promettre que ça ne changera pas votre vision de la vie.

Que sont les microagressions? Ce sont des comportements ou des paroles qui démontrent une attitude hostile ou négative, qui rappellent à la personne agressée qu’elle ne fait pas partie du groupe dominant. Par exemple :

  • C’est se faire demander de gérer les crises d’un groupe parce qu’en tant que femme, on comprends mieux les émotions
  • C’est se faire dire « Toi, tu es ingénieure? Surprenant! » parce qu’on est une femme noire
  • C’est voir fréquemment des photos de femmes dénudées dans des conférences scientifiques, sans raison
  • C’est se faire raconter des jokes sexistes et racistes, mais tsé, « c’est juste des blagues ».

Ce n’est pas tous les jours qu’on a quelqu’un en coulisse, ou dans un soupirail, pour nous suggérer une réplique satisfaisante qui cloue le bec à l’adverse : « Vous ne pouvez pas être un légume, même les artichauts ont du cœur » (3). Le Dr. Amy Moors propose trois actions et deux attitudes à adopter pour répondre à une microagression. Et ne vous gênez pas, ce sont des actions qu’un allié (c’est-à-dire une personne non-agressée) peut appliquer :

  1. Poser des questions, honnêtement. Ouvrez un dialogue et il est possible que la personne réalise d’elle-même que ce qu’elle dit n’a pas de sens.
    « Pourquoi penses-tu que je ne ressemble pas à une scientifique? »
  2. Utiliser le « je ». Un bon vieux classique des relations de couple, qui permet de référer à nos sentiments et à comment on perçoit la situation. C’est un point de vu auquel le « microagresseur » n’aura peut-être pas pensé.
  3. Demander au « microagresseur » de voir la situation d’un autre point de vue.
  4. Éviter de blamer le « microagresseur ». Dire à quelqu’un qu’il est raciste fait rarement évoluer la situation, à moins d’avoir affaire à un individu d’une maturité exceptionnelle.
  5. Éviter l’humour, parce que ça peut se retourner contre vous. C’est le seul conseil sur lequel j’ai une expérience personnelle. En plus de pouvoir se retourner contre vous, l’humour est généralement mal interprété, c’est-à-dire qu’il donne l’impression que la microagression est un évènement mineur et de peu d’importance. Pour la personne qui subit, c’est peu satisfaisant et je sais d’expérience que ça n’arrête pas les microagressions. C’est quasiment une récompense pour la personne qui se voit plus ou moins conforté dans son comportement.

Lors de l’atelier SWEEET où j’ai appris tout cela, on a fait quelques mises en situation. C’est très difficile d’intervenir! Je me sens toutefois mieux outillée maintenant pour le faire.

Avez-vous d’autres suggestions? Ou est-ce que vous considérez que parler de microagressions est trop politically correct?

(1)    En fait, ce n’est pas le seul qui est venu, mais le deuxième demande un peu plus de préparation et de recherche…

(2)    Ce sujet est inspiré d’un atelier au SWEEET de la conférence de la Société Canadienne d’Écologie et d’Évolution, qui s’est tenu à Guelp en Juillet. L’atelier était donné par Amy Moors (Ph.D., Twitter : @ACMoors)

(3)    Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Quoiqu’en fait, la réplique n’est pas idéale puisqu’elle fait appel à l’humour.

Je me suis fait scooper, mais ce n'est pas si pire

Ça fait presque trois semaines que j’ai envie d’aborder un problème qui m’est récemment arrivé. Bien innocemment, une collègue m’a fourni l’inspiration nécessaire (1).

Et oui, je me suis fait scooper. C’est-à-dire qu’un article très similaire à ce que j’étais en train d’écrire a été publié par quelqu’un d’autre. Et cet autre article est très bon. Pendant un moment, j’ai cru que mon travail des derniers mois était à jeter à la poubelle. Comme mon travail est une revue de littérature systématique, basée sur des articles publiés, la ressemblance avec mon projet est grande.

Comble de malchance, je me suis cogné le gros orteil tellement fort que je vais perdre mon ongle. Bon, si vous m’avez vu, vous savez que ce n’est pas si pire et je vous promet d’arrêter de geindre. Mais cette conjoncture d’évènements malheureux ainsi qu’une remarque m’ont porté à réfléchir…quel évènement m’a affecté le plus négativement ? C’est le temps d’un tableau comparatif ! (2)

Un tableau comparatif très sérieux

Un tableau comparatif très sérieux

Je pourrais continuer, mais non. Mon message ici est simple. Se faire scooper, c’est ennuyeux, mais ça ne détruit pas une vie professionnelle. Vous êtes capable de vous en sortir. Dans 1 ans, cet article sera probablement publié et mon ongle sera toujours en train de pousser. En fait, un scoop, c’est une belle opportunité pour améliorer sa recherche, peut-être même pour générer de nouvelles collaboration. Et ça reste que ce n’est que du travail. À choisir entre les deux, je choisi sans hésiter le scoop (4).

(1)    Merci Patricia!

(2)    Je suis capable d’en faire d’excellents

(3)    Internet dit que c’est plus rapide, mais une source sûre m’assure que c’est plus long, et qu’à mon âge, mon ongle ne sera plus jamais pareil. Je ne me savais pas si vieille.

(4)    Si j’avais réellement le choix, je ne prendrais aucun des deux évènements. Mais je n’ai pas vraiment le choix.

Les passions connexes

Depuis quelque temps, j’ai constamment de la terre sous mes ongles. Non, ce n’est pas parce que j’ai une hygiène déficiente ou parce que je m’alimente de terre. C’est plutôt un signe que c’est la saison des semis et que mon potager est officiellement ouvert !

Quelques uns de mes semis

Quelques uns de mes semis

Des premières graines plantées en mars jusqu’aux dernières déposées à l’extérieur, en passant par le repiquage des semis, ma passion pour le jardinage ne fait que grandir. J’ai commencé lorsque nous avons acheté notre maison, il y a quelques années. Parmi les biologistes, je connais plusieurs passionnés de jardinage. C’est assez logique que l’étude de la vie soit liée à l’amour du jardinage, comme à l’appréciation du camping, des randonnées en nature ou de l’observation d’animaux. C’est ce que j’appelle des passions connexes, soit des passe-temps liés à l’activité professionnelle, mais qui permettent tout de même de décrocher.

Les passions connexes ne sont pas meilleures ou plus pertinentes que d’autres passe-temps. L’essentiel est d’avoir quelque chose qui permet de se vider l’esprit. Je dirais même plusieurs choses. Instinctivement, je trouve dangereux de n’avoir qu’un seul centre d’intérêt, puisque si on n’est plus capable d’exercer ce loisir, on se retrouve dans un grand vide.

Les passions connexes ont toutefois cet attrait qu’elles nous permettent de reconnecter avec notre intérêt initial. Entre les articles à écrire, les demandes de subventions et les analyses statistiques, j’ai parfois l’impression d’oublier pourquoi je suis une biologiste. Les deux mains dans la terre, je retrouve mes yeux d’enfants.

Le jardinage revêt également, selon moi, deux autres aspects intéressants, outre celui de manger ce que l’on a produit. Premièrement, c’est une activité facile à introduire aux enfants. Pour ceux qui cherchent à les intéresser au milieu scientifique ou à tout le moins à la nature, c’est une belle porte d’entrée. C’est ce que j’ai découvert avec ma nièce de trois ans, une gourmande qui aime planter des pois et des radis avec son grand-père. Si vous cherchez d’autres idées à ce sujet, je vous conseille de consulter ce précédent billet, et surtout les commentaires, où des lecteurs ont également partagé leurs idées pour intéresser les enfants à la science.

Pas mal beau potager...hein?

Pas mal beau potager...hein?

Deuxièmement, le jardinage me permet d’apprivoiser l’échec, une chose avec laquelle j’ai toujours eu une relation difficile. Peu importe la quantité de temps à travailler sur ces graines, ces semis et ce potager, il se peut que la production soit faible ou inexistante pour certains légumes. Je peux faire certaines choses pour prévenir l’échec de certaines plantations, mais je ne suis pas toute puissante… et ce n’est pas grave, parce que ça demeure, avant tout, un loisir.

J'ai enfin compris GitHub

Ça fait longtemps que GitHub m’intrigue. Les internets disent que c’est génial et essentiel pour le scientifique moderne. J’ai essayé d’apprendre par moi-même. J’ai rapidement déchanté : toute la documentation que je trouvais m’étais incompréhensible. C’est comme si on me parlait en binaire.

Heureusement, le dernier colloque du Centre d’étude de la Forêt offrait une série de formations dont une demi-journée à propos de GitHub. Je me suis inscrite rapidement, croyant que nous serions des dizaines d’intéressés. Nous étions quatre dans la salle, ce qui est un excellent ratio professeur-élève. Vous pouvez trouver la formation faite par François Rousseu ici, en anglais. En plus d’intégrer GitHub à R Studio, vous apprendrez comment réaliser un package. Je ne veux pas vous résumer la formation, mais plutôt vous dire pourquoi vous devriez la suivre et pourquoi vous devriez utiliser GitHub.

GitHub, c’est quoi? C’est une plateforme qui permet (principalement) le contrôle de version. Le contrôle de version, c’est le suivi des changements effectués dans un document. Cette plateforme a d’autres avantages, comme effectuer une copie de sauvegarde de vos documents, permettre de travailler sur plusieurs ordinateurs, faciliter la collaboration et le partage d’information. Vous l’aurez peut-être compris, on est ici dans le domaine de la programmation, notamment dans des logiciels statistiques comme R.

Pourquoi utiliser GitHub? Ça devrait être assez clair au vu des avantages. Vous avez une copie de sauvegarde de votre code! Vous pouvez retourner à une version antérieure! Vous pouvez facilement partager votre code!

Est-ce difficile à utiliser? Honnêtement, non. Si vous utilisez R Studio (un logiciel qui rend R plus agréable à utiliser), l’utilisation de GitHub est conviviale, une fois l’installation faite. La plateforme Web de GitHub est également simple d’utilisation, une fois que l’on a compris les différentes définitions (repository, commit…tout est dans la formation de François!). Je crois qu’avec un peu d’aide, un débutant pourrait apprivoiser cette bête.

Est-ce qu’il y a des points négatifs? Si vous travaillez sur quelque chose de top secret, la version gratuite de GitHub ne permet pas la confidentialité. Tant que vous ne placez pas vos données en ligne, je crois que c’est un problème mineur. L’utilisation de GitHub rajoute une étape à faire lorsque vous travaillez sur votre code…au vu des avantages, je ne crois pas que ce soit un problème, surtout que l’intégration à R Studio rend cette étape rapide.

Allez lecteur! Lance-toi dans GitHub!

C'est quoi, Ouranos?

Cette semaine, j’ai eu plein d’idées pour mon blogue, mais elles étaient toutes négatives. On dirait que j’avais envie de chialer (1). J’ai décidé d’être positive, surtout que je suis en visite aux bureaux d’Ouranos, partenaire dans mon stage postdoctoral Mitacs. Et ça a été une très belle visite, pleine d’apprentissage et d’idées.

J’ai donc eu envie de vous présenter Ouranos, qui est encore mal connu du public (il me semble). Il est fort probable que vous ayez entendu parler de cette organisation dans les médias. Selon leur site web, Ouranos est un « Consortium sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques ». C’est aussi un « Pôle d'innovation et lieu de concertation permettant à la société québécoise de mieux s'adapter à l'évolution du climat ».

Je ne sais pas pour vous, mais ces définitions, bien que juste, me semblent un peu abstraites. Ouranos, c’est un regroupement de chercheurs sur le climat et l’adaptation aux changements climatiques. Ce qui veut dire qu’on y fait des simulations climatiques et qu’on y crée des scénarios climatiques. Le plus intéressant pour la majorité seront les scénarios climatiques. En gros, ce sont des données utilisables, basées sur plusieurs modèles climatiques. Par exemple, vous êtes en charge de la construction d’une structure (par exemple un immeuble) au bord de la mer. Vous désirez que la structure puisse résister aux marées actuelles, mais également à la hausse du niveau des mers liées aux changements climatiques. Vous avez donc besoin de connaitre le niveau de la mer projeté dans le futur.

Ouranos a également un volet sur l’adaptation, dans lequel s’inscrit mon projet actuel. Quelles sont les mesures que l’on peut prendre pour préparer notre société aux changements climatiques? De plus, une synthèse (publiée en 2015) résume l’évolution climatique du Québec, l’adaptation et les vulnérabilités ainsi que la mise en œuvre des mesures d’adaptation.

Mon côté chauvin est particulièrement fier qu’on ait, au Québec, un tel centre d’expertise. Ce n’est pas donné à tous les scientifiques de pouvoir avoir des données climatiques d’une telle qualité pour leurs sites d’études. Juste d’y penser, je me sens déjà plus positive.

(1)    Chialer contre les Universités qui considèrent les post-doctorants comme étudiants, contre le système qui mets des bâtons dans les roues à la vie personnelle des post-doctorants, contre les Universités, qui demandent des prêts aux étudiants.

 

Dessine-moi un scientifique

Vous avez sûrement entendu parler de cette étude sur les dessins d’enfants et les scientifiques [1]. En gros, on demande à des enfants de dessiner un scientifique. Il y a 50 ans, 0.3% de ces dessins représentaient des femmes. Maintenant, 30% des dessins représentent des femmes.

Le verre peut être vu comme à moitié plein, ou à moitié vide… j’ai tendance à le voir à moitié vide pour une raison : les filles ne dessinent même pas majoritairement des femmes. Et les garçons ne dessinent pratiquement pas de femmes scientifiques.

La représentation est importante. Est-ce que je peux dire quelque chose de plus évident? Lorsqu’on se reconnait dans un modèle, on a plus de chance de vouloir reproduire ce modèle. La représentation, ça passe par le milieu, l’école, la culture populaire… et clairement, la représentation des scientifiques n’est pas encore assez diversifiée.

Je pourrais continuer à être négative, mais j’ai envie de vous parler d’un magnifique exemple de représentation. Il y a quelques mois, j’ai été obsédée par le jeu Horizon : Zero Dawn. On y incarne Aloy, une orpheline dans un monde post-apocalyptique qui se bat à coup de lance et d’arc contre des robots aux allures de méga-faune (Prémisse absolument géniale). Rajoutons là-dessus que les personnages sont diversifiés, que la quête principale est intriguante et que certaines quêtes sont originales par rapport à ce que les grands studios de jeux vidéos nous ont habitué [2].

Capture d'image du jeu tiré de https://www.digitaltrends.com/game-reviews/horizon-zero-dawn-review/

Capture d'image du jeu tiré de https://www.digitaltrends.com/game-reviews/horizon-zero-dawn-review/

Le personnage d’Elizabeth Sobeck m’a particulièrement touché. Cette scientifique est très intelligente et ses idées ont sauvé l’humanité. C’est une leader, qui a dirigé une grande équipe de scientifiques. Plus que tout, elle apporte une vision altruiste et humaine de la science, mais elle est quand même capable de prendre des décisions éthiquement complexes pour la survie de tous.

Elizabeth Sobeck est un exemple de représentation positive des scientifiques et surtout des femmes scientifiques. Pourquoi n’a-t-on pas plus de personnage de ce type dans notre culture populaire?

[1] Par de nombreux médias francophones et anglophones:

https://www.cnn.com/2018/03/20/health/female-scientists-kids-drawings-trnd/index.html

https://www.washingtonpost.com/news/speaking-of-science/wp/2018/03/20/only-3-in-10-children-asked-to-draw-a-scientist-drew-a-woman-but-thats-more-than-ever/?utm_term=.ff673e8e0946

http://www.sciencemag.org/news/2018/03/what-does-scientist-look-children-are-drawing-women-more-ever

http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2018/03/22/plait-dessine-moi-scientifique

[2] Notamment une quête sur la réconciliation entre deux peuples, dont l’un a massacré l’autre… ça vous évoque quelque chose?