Un mauvais conseil?

Selon moi, la recherche et le tricot ont beaucoup de points en commun. Le principal étant que lorsqu’on tricote, viendra un moment où il y aura une erreur et on devra détricoter. En recherche, et particulièrement lorsqu’on est en apprentissage (à la maîtrise et au doctorat), on fera des erreurs et il faudra recommencer. C’est ennuyant, mais normal.

C’est une question vue en ligne qui m’a fait repenser à ce processus itératif d’essais-erreurs. Un étudiant décrit avoir perdu du temps parce qu’il a suivi un conseil de son directeur/trice de recherche. J’ai beaucoup de compassion pour les gens qui ont perdu du temps à cause d’une erreur, mais il faut se rappeler certaines choses essentielles :

  • Un directeur de recherche est un scientifique, un chercheur. Par définition, il n’a pas la vérité absolue. S’il savait déjà comment réaliser le projet et les résultats qui en découleront, pourquoi mettre un étudiant sur cette tâche? Académiquement parlant, le chercheur serait beaucoup productif à effectuer lui-même la recherche.
  • Un directeur de recherche est un collaborateur. La relation entre chercheur et étudiant peut varier, de relations très autoritaires à d’autres, plus collaboratives. Toutefois, le directeur sera souvent coauteur des articles de l’étudiant et donc un collaborateur (1). Ce que ça implique, c’est qu’on peut discuter avec notre directeur des méthodes à employer et exprimer son désaccord.
  • Un directeur de recherche est un être humain. Il peut être convaincu d’avoir raison, même s’il a tort. Pour le faire changer d’avis, c’est essentiel d’apporter une argumentation logique, supportée par des données si possible. Dans le processus de trouver cette argumentation et ces données, vous vous rendrez peut-être compte que c’est vous qui avez tort…

Bref, retournez faire vos analyses. C’est plate, mais ce sont les erreurs qui font de nous de meilleurs scientifiques.

(1) C’est très variable entre les milieux, mais c’est le cas en biologie et dans plusieurs sciences pures et appliquées.