L'apparente simplicité de la biologie

*Vous aimez mon blogue? Pensez à remplir ce sondage ! Merci*

Faisons une expérience. Je vous donne deux titres de thèse de doctorat, et vous me dites laquelle semble la plus complexe:

  1. Étude de la structuration laser femtoseconde multi-échelle de verres d'oxydes dopés à l'argent
  2. Utilisation de l'espace par le raton laveur et la moufette rayée, deux principaux hôtes d'un variant du virus de la rage (1)

Si mon expérience fonctionne comme je le crois (2), vous aurez probablement choisi l'option 1, soit la thèse en physique. Certaines disciplines scientifiques donnent une impression de grande complexité.

La biologie, au contraire, donne une impression de simplicité. Parce que tout le monde a un corps, parce que presque tout le monde expérimente la nature sur une base quotidienne, la biologie a une connexion directe avec les gens. Je le vois tout de suite lorsqu’on me demande ce que j’étudie. Les cerfs, les plantes, c’est cool. Lorsque je donne du sang, j’ai toujours de belles conversations avec infirmières et bénévoles. Et les résultats de nos études sont souvent accessibles :

  • Les ratons laveurs sélectionnent les milieux avec beaucoup de forêts
  • Les ratons laveurs sélectionnent les champs de maïs selon la présence de leurs congénères et selon l’abondance des champs de maïs. (3)

Mais c’est faux. La biologie n’est pas une science simple. C’est la recherche de la mythique aiguille dans la botte de foin. Sauf qu’on ne sait même pas si l’aiguille est dans la botte de foin! Les biologistes tentent de démontrer l’existence d’interactions complexes dans des domaines extrêmement variables. Par exemple, je veux démontrer la relation entre la quantité de protéines dans une plante et le broutement par les cerfs en forêt. Parmi les facteurs qui pourrait faire varier cette relation:

  • Les conditions climatiques, qui par leur impact sur la santé des cerfs influencent leur sélection des plantes.
  • Les conditions climatiques, qui influencent la composition chimique des plantes.
  • Les conditions édaphiques, soient le sol et plein de trucs de même, qui peuvent modifier la croissance et la composition des plantes.
  • La population de cerf présente, qui est différente, génétiquement ou non, d’autres populations de cerf.
  • La densité de la population de cerfs
  • La variation génétique et phénotypique de la population de plante
  • …etc.!

Pour démontrer de telles relations et pour faire face aux contraintes du travail avec du matériel vivant, les biologistes doivent déployer des trésors d’ingéniosité. Et parfois, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ajoutez là-dessus que nous sommes reconnus pour utiliser des méthodes statistiques poussées, même par les statisticiens.

Mon point en vous parlant de ça? Disons que je voulais simplement donner un aperçu de ce qui se passe en coulisse. C’est un privilège que d’effectuer des études qui intéressent le grand public. Biologiste, c’est clairement le meilleur emploi! Mais cette facilité dans la vulgarisation cache une bonne partie de ce que l’on fait.

 (1) J’ai trouvé ces deux titres de thèses parmi celles récemment reçues à l’Université Laval. Celle en biologie est d’Olivia TardyCelle en physique de Marie Vangheluwe.

(2) Les chances sont grandes, j’ai choisi les titres pour obtenir les résultats que je voulais. Je sais, c’est démagogue. Mais c’est mon blogue, bon!

(3) Des résultats encore une fois tirés de la thèse récemment reçue d’Olivia Tardy!