Quand non veut dire oui

Je suis dans l’attente fébrile d’une réponse concernant un de mes chapitres de thèse. Je l’ai soumis, il y a à peine plus de deux mois, à un journal scientifique. Depuis que la soumission se passe par système informatique, les chercheurs peuvent vérifier l’état de leur article : en évaluation, en cours de révision… (1). Mon article est en train d’attendre la décision de l’éditeur, la dernière étape avant de savoir son destin.

Et je n’ai aucun espoir que ce manuscrit soit accepté tel quel. Ça n’arrive pratiquement jamais. J’espère fortement un « accepté avec révision majeure » ou encore un « refusé avec possibilité de resoumettre ». Ces dernières réponses sont de plus en plus fréquentes, selon des chercheurs plus expérimentés et ce que j’en lis sur Internet. Vous trouvez que « refusé avec possibilité de resoumettre », ça ne sonne pas très encourageant ? Au contraire, ça veut dire que si je m’occupe des commentaires émis par les réviseurs, mon article peut être accepté. Le système est tordu (2).

Quel est l’avantage pour le journal de refuser un article qu’il va finalement accepter ? Pour répondre à cette question, nous tombons dans qu’il y a de plus laid avec la publication scientifique. En rejetant l’article, le journal préserve ses statistiques sur le temps entre réception et publication d’un article. Ce temps de gestion est long, parfois de plusieurs mois. En diminuant artificiellement cette statistique, le journal peut attirer des auteurs qui désirent publier rapidement.

 Trois exemples de date de réception et d'acceptation que j'ai trouvé sur des articles récents. Les deux premiers cas sont louche ou ont eu des révisions exceptionnellement rapides. Le troisième me semble plus usuel.

Trois exemples de date de réception et d'acceptation que j'ai trouvé sur des articles récents. Les deux premiers cas sont louche ou ont eu des révisions exceptionnellement rapides. Le troisième me semble plus usuel.

Je me demande toutefois qui tombe dans le panneau. Mes coauteurs expérimentés sont habituellement au fait des temps d’attente relatifs pour leurs journaux préférés. Pour moi, cette tactique est simplement un symptôme de plus que le système de publication scientifique doit être révisé.

(1) C’est horrible parce qu’on peut retourner sur le système informatique quand on veut. Chaque jour, chaque heure… en fait, ce serait bien que le système nous dise combien de fois on a visité le site. Peut-être que j’irais moins souvent…

(2) Pas juste à cause de ça.