Le guide des alliés - version mentor

Que vous soyez professeur, directeur de recherche ou tout simplement un chercheur diplômé, vous êtes peut-être le mentor de quelqu’un. Un mentor, selon le dictionnaire d’Antidote est une personne d’expérience qui guide et conseille une personne moins expérimentée dans une association professionnelle, dans une entreprise, etc. Quelle belle responsabilité ! Un mentor aide à former la prochaine génération de professionnels dans son domaine et peut avoir une influence importante et positive sur la vie d’une autre personne. À cause de leur influence, c’est d’autant plus essentiel pour les mentors de tenir compte des conditions particulières des groupes sous-représentés de leur domaine. Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Bien entendu, toutes les suggestions proposées dans mon guide des alliés – version étudiant s’appliquent aux mentors. Mais qu’est-ce que les mentors devraient faire de plus ?

1.Porter une attention particulière à leurs actions et à leurs paroles lorsqu’en position d’autorité

Par leurs paroles, leurs gestes ou leur silence, les personnes en position d’autorité peuvent légitimiser des comportements discriminatoires et encouragent la reproduction de ces comportements.

J’ai souvent entendu des commentaires sur les compétences particulières des hommes vs les femmes (« J’ai besoin d’un gars pour ce projet de maîtrise »). J’ai moi-même déjà dit qu’« une femme serait mieux pour faire ça ». L’impact sur d’autres personnes de ces phrases peut être dévastateur et les amener à délaisser leurs réels champs d’intérêt. Ce n’est certainement pas l’influence que vous désirez avoir sur des gens encore en formation. De la même façon, ne distribuez pas de tâche en fonction de stéréotypes (les femmes sont plus appliquées, donc on leur confie la vérification des données...).

2.Supporter activement les gens des groupes sous-représentés

Le syndrome de l’imposteur peut être particulièrement fort chez les gens qui sont peu représenté dans un domaine (1). Oui, ils auront probablement besoin d’encouragements plus clairs que les autres. Mais est-ce de leur faute s’ils croient qu’ils n’ont pas leur place ? Un « bravo, beau travail » peut changer la journée d’une personne.

Dans les conversations de groupes, vous pouvez positivement encourager la participation de ces personnes et empêcher les coupages de parole. Vous pouvez vous tenir au courant d’opportunités spécifiques (2) et encourager vos étudiants à postuler. Vous pouvez leur permettre de rencontrer des mentors qui leur ressemblent. Vous pouvez travailler particulièrement à recruter des gens de groupes sous-représentés. Vous pouvez être compréhensif envers un étudiant qui des obligations familiales qui requièrent un ajustement de son horaire ou de sa planification.

Je ne fais pas ici une liste exhaustive de ce qu’il est possible de faire (3). Je voulais simplement fournir des idées aux mentors désireux d’être de meilleurs alliés. Mon directeur de doctorat m’a déjà dit que je l’ai aidé à progresser à ce sujet. Je ne sais pas si je mérite cet éloge (4), mais la plupart des chercheurs que je connais veulent être de bons directeurs, de bons mentors, surtout un milieu académique parfois hostile. Disons qu’aujourd’hui, on commence une discussion…

(1) Voici un magnifique TedTalk à ce sujet

(2) Par exemple, des bourses pour les femmes.

(3) D’autres magnifiques idées ici et ici

(4) Je ne pleure pas, c’est juste des allergies!!!

Le guide des alliés — version étudiant

Les femmes en science ont été la cible d’attaques particulièrement violente dans les réseaux sociaux récemment (1). Vous pensez que c’est peut-être sans conséquence, ce qui se passe sur Twitter. Mais les gens qui osent s’exprimer derrière l’anonymité du web sont parmi nous, dans la vie de tous les jours. Comment agir face à des comportements révoltants ou tout simplement face au sexisme ordinaire dans le milieu scientifique ? Il y a des moyens d’être un meilleur allié des femmes et des minorités en science. Je vous suggère quelques pistes d’actions (2).

1. Éduquez-vous

Récemment, un scientifique écrivait sur Twitter que les gens qui demandaient à se faire appeler docteur étaient habituellement des cons (3). Pour cet homme blanc dont le statut de docteur est respecté, celui qui insiste sur le titre est probablement un snob. Est-ce que la femme noire ou d’origine latine qui se fait prendre pour la concierge est snob d’insister sur son titre professionnel ? Je ne cite pas ce scientifique pour une raison simple : il a appris depuis et s’est excusé. Mais s’il avait fait ses devoirs, il ne se serait pas trouvé dans l’eau chaude.

Vous avez déjà entendu la phrase « Nul n’est censé ignorer la loi » : c’est de votre responsabilité de connaître les lois et règlements du lieu où vous vivez. De la même façon, je crois qu’il est de votre responsabilité de vous renseigner sur les difficultés que peuvent rencontrer les minorités dans le milieu académique. L’information abonde à ce sujet sur des blogues, sur des journaux traditionnels et même dans des articles scientifiques.

2. Évaluez vos préjugés et vos privilèges

Face à ce que vous avez appris à l’étape 1, quels préjugés entretenez-vous ? Quels privilèges possédez-vous face à d’autres ? Je crois que devenir conscient des préjugés qu’on entretient est une des premières étapes vers traiter plus également les gens qu’on côtoie. À ce sujet, vous pouvez vous tester (lien en français !). Et si vous voulez comprendre un peu mieux les privilèges que vous possédez, j’aime beaucoup le vidéo des Brutes.

3. Ne laissez pas passer le sexisme/racisme ordinaire.

C’est probablement une des actions les plus difficiles à faire, parce qu’on ne se trouve pas toujours dans une position où l’on peut agir. Un étudiant peut difficilement dire à son directeur que tel commentaire est offensant ou démontre des préjugés (4). Si vous êtes dans une situation où vous pouvez parler, c’est possible de le faire poliment et voici une excellente liste de suggestions.

Rappelez-vous aussi que vous n’êtes pas dans un film. Si vous laissez passer le moment d’agir, vous pouvez vous reprendre, peut-être en privé, avec la personne qui a exprimé des propos déplacés.

Je tiens à signaler que je suis loin d'être une personne parfaite. J'ai entretenu des préjugés et dis des choses que je ne redirais plus maintenant. Je crois que l'important, c'est de s'améliorer et de nous corriger, pas de ressasser ce qu'on aurait donc du faire...

(1) Je ne répéterai pas aujourd’hui les horreurs que j’ai lues.

(2) Je n’oublie pas mon billet sur l’utilisation de boussole, qui est toujours à venir ! De plus, je n’ai pas récemment de références à vous donner pour les conseils aujourd’hui. Ils viennent plutôt de discussion Twitter, de blogues lus… Si vous avez de bonnes références à suggérer, c’est le temps !

(3) Traduction que m’a suggéré internet pour jerk. Je ne suis pas tout à fait satisfaite parce que con, c’est une insulte dont l’origine est hautement sexiste

(4) Ne vous inquiétez pas, chers chercheurs, je pense à vous pour un prochain billet.

S'habiller pour travailler en forêt

Dans les dernières semaines, j’ai compté des crottes de lièvres. Eh oui, un peu de terrain facile, intellectuellement reposant après les derniers mois. Sauf que ce décompte ne consiste pas à marcher en forêt joyeusement et à rechercher des crottes. En fait, on se rend sur des parcelles établies et on vérifie la présence de crottes sur une surface de 1 m2. Pour cette tâche, j’étais notamment accompagnée par un assistant dont c’était l’une des premières expériences en forêt boréale. Et ça m’a rappelé ma première année de terrain, avec mon équipement pas toujours approprié. Aujourd’hui, je vous parle des particularités du travail en forêt et de l’équipement nécessaire pour être confortable. Dans deux semaines, j’aborderai la question de l’utilisation de GPS et de boussole. N’hésitez pas à ajouter vos trucs aux miens dans les commentaires !

La forêt est armée

Bon, pas armée littéralement, mais une branche d’arbre pointue peut déchirer bien des choses. Lorsque vous choisissez des vêtements de travail, et particulièrement un imperméable, mieux vaut sélectionner un tissu résistant. Un imperméable fait de simple caoutchouc ne passera pas la journée. Mieux vaut choisir un tissu plus résistant, même si ce type de matériel respire moins et vous amènera à suer un peu plus. De même, une bonne botte (de pluie ou de marche) est requise. J’ai vu à plusieurs reprises des cas de bottes transpercées par des branches. Non seulement vous pouvez vous blesser, mais en plus votre botte devient une passoire dans laquelle peut entrer l’eau. Pour la même raison, certaines personnes se promènent constamment avec leurs lunettes soleil pour protéger leurs yeux. Une casquette amène également une certaine protection. Dans tous les cas, lorsque vous suivez quelqu’un en dehors d’un sentier, gardez une distance sécuritaire (disons 2 m), pour éviter de recevoir une branche dans les yeux.

Étant donné ce côté agressif de la forêt, je ne vous recommanderai pas d’avoir comme couche extérieure des vêtements coûteux qui ont été conçus pour la randonnée. Percer un manteau qui a coûté quelques centaines de dollars, ça fait mal. Soyez conscient des risques et faites des choix selon votre budget!

La forêt est remplie d’insectes piqueurs

Pas besoin de vous présenter maringouins, mouches noires et insectes du même acabit. Pour travailler en forêt, peu importe la température, prévoyez des vêtements longs : chemise de travail, pantalon long… etc. En plus, ça protégera vos membres des branches précédemment mentionnées. Certaines personnes sont des adeptes du filet à mouche, que vous pouvez trouver dans n’importe quel magasin de sport et de plein air. Personnellement, je ne suis pas capable, mais je n’attire pas trop les mouches de toute façon. Au niveau des produits pour repousser les fameuses bibittes, la plupart des gens qui travaillent en forêt ne jurent que par la Watkins. En contrepartie, la Watkins est un produit très puissant (1), à utiliser avec modération.

Petit mot sur les tiques, qui font maintenant peur à tous au Québec : le temps de l’insouciance est fini. Prenez de bonnes habitudes, inspectez-vous journalièrement et informez-vous !

Multicouches et couche de rechange

Comme pour toute bonne activité dehors, le système multicouche est approprié au terrain, pour faire face aux changements de température : rajouter ou enlever une épaisseur de linge au besoin. J’ajouterais qu’il est important d’avoir quelques morceaux pour se changer. Surtout une paire de bas. Si vos bottes ne sont plus imperméables, vous apprécierez changer de bas de temps à autre. Il est particulièrement important de faire attention à ses pieds, parce que vous allez les utiliser toute la journée, voir toute la semaine ou le mois ! Même en été, j’ai habituellement une paire de gants et une tuque dans mon sac de terrain. Une fois trempée jusqu’aux os, la tuque me permet de conserver un peu de chaleur.

Mon conseil le plus important est de demander conseil. Si c’est votre première expérience de terrain, il est fort probable que vous soyez accompagné par quelqu’un de plus expérimenté. Cette personne pourra vous indiquer les éléments essentiels à avoir et peut-être même vous guider pour l’achat.

S’équiper pour le terrain coûte cher et il est possible que vous ayez un mélange de bons et de mauvais éléments dans vos premières années. Pas grave ! Si vous savez que votre imperméable prend un peu l’eau, pensez simplement à apporter plus de vêtements de rechange. L’important, c’est de faire des choix intelligents au moment de se rééquiper, en fonction de vos besoins et de votre budget.

(1) J’ai fait disparaitre les graduations de règles après les avoir manipulées avec ce produit sur mes mains…

Quand non veut dire oui

Je suis dans l’attente fébrile d’une réponse concernant un de mes chapitres de thèse. Je l’ai soumis, il y a à peine plus de deux mois, à un journal scientifique. Depuis que la soumission se passe par système informatique, les chercheurs peuvent vérifier l’état de leur article : en évaluation, en cours de révision… (1). Mon article est en train d’attendre la décision de l’éditeur, la dernière étape avant de savoir son destin.

Et je n’ai aucun espoir que ce manuscrit soit accepté tel quel. Ça n’arrive pratiquement jamais. J’espère fortement un « accepté avec révision majeure » ou encore un « refusé avec possibilité de resoumettre ». Ces dernières réponses sont de plus en plus fréquentes, selon des chercheurs plus expérimentés et ce que j’en lis sur Internet. Vous trouvez que « refusé avec possibilité de resoumettre », ça ne sonne pas très encourageant ? Au contraire, ça veut dire que si je m’occupe des commentaires émis par les réviseurs, mon article peut être accepté. Le système est tordu (2).

Quel est l’avantage pour le journal de refuser un article qu’il va finalement accepter ? Pour répondre à cette question, nous tombons dans qu’il y a de plus laid avec la publication scientifique. En rejetant l’article, le journal préserve ses statistiques sur le temps entre réception et publication d’un article. Ce temps de gestion est long, parfois de plusieurs mois. En diminuant artificiellement cette statistique, le journal peut attirer des auteurs qui désirent publier rapidement.

Trois exemples de date de réception et d'acceptation que j'ai trouvé sur des articles récents. Les deux premiers cas sont louche ou ont eu des révisions exceptionnellement rapides. Le troisième me semble plus usuel.

Trois exemples de date de réception et d'acceptation que j'ai trouvé sur des articles récents. Les deux premiers cas sont louche ou ont eu des révisions exceptionnellement rapides. Le troisième me semble plus usuel.

Je me demande toutefois qui tombe dans le panneau. Mes coauteurs expérimentés sont habituellement au fait des temps d’attente relatifs pour leurs journaux préférés. Pour moi, cette tactique est simplement un symptôme de plus que le système de publication scientifique doit être révisé.

(1) C’est horrible parce qu’on peut retourner sur le système informatique quand on veut. Chaque jour, chaque heure… en fait, ce serait bien que le système nous dise combien de fois on a visité le site. Peut-être que j’irais moins souvent…

(2) Pas juste à cause de ça.

Ils disent que c'est amusant...

Ça fait maintenant un peu plus d’une semaine que j’ai traversé ma soutenance et que je suis donc docteure en biologie (1).

C’est un peu dur d’exprimer ce que j’ai ressenti, pendant et après. Dans le fond, ça ne change pas grand-chose. Dans la vie de tous les jours, je me sens, bien évidemment, la même. Et rien n’a changé dans mes objectifs de travail à court terme : effectuer mon dépôt final, soumettre mes articles pour publications.

En même temps, ça faisait 4 ans que je visualisais ce moment (2). Je me rappelle avoir pensé pendant ma soutenance : « wow, je suis réellement en train de faire ça ? » Si je n’ai qu’un seul commentaire à faire à propos de la soutenance, c’est que j’ai eu du plaisir. Je sais que je ne suis pas la seule à avoir trouvé ça amusant, même si, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, ça ne semble pas aller de soi. Et ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de stress ! Simplement, je me suis réveillée ce matin-là de bonne humeur et j’étais heureuse de pouvoir aller discuter de mes idées.

La soutenance étant un évènement très personnel, caractérisé par notre façon de gérer le stress et défini en partie par notre parcours, je ne crois pas avoir de conseils à donner. Je voudrais simplement encourager mes collègues doctorants à l’envisager le plus positivement possible.

Bien entendu, carnet de doctorat n’est pas terminé. Pour l’instant, j’entends continuer mon blogue comme à l’habitude, en essayant de reprendre un horaire plus régulier.

(1) Non, pas docteuresse. Et d’ailleurs, le dictionnaire terminologique de l’OQLF confirme que l’on peut m’appeler docteure, avec certaines restrictions.

(2) Si je suis honnête, plus que 4 ans…

Un mauvais conseil?

Selon moi, la recherche et le tricot ont beaucoup de points en commun. Le principal étant que lorsqu’on tricote, viendra un moment où il y aura une erreur et on devra détricoter. En recherche, et particulièrement lorsqu’on est en apprentissage (à la maîtrise et au doctorat), on fera des erreurs et il faudra recommencer. C’est ennuyant, mais normal.

C’est une question vue en ligne qui m’a fait repenser à ce processus itératif d’essais-erreurs. Un étudiant décrit avoir perdu du temps parce qu’il a suivi un conseil de son directeur/trice de recherche. J’ai beaucoup de compassion pour les gens qui ont perdu du temps à cause d’une erreur, mais il faut se rappeler certaines choses essentielles :

  • Un directeur de recherche est un scientifique, un chercheur. Par définition, il n’a pas la vérité absolue. S’il savait déjà comment réaliser le projet et les résultats qui en découleront, pourquoi mettre un étudiant sur cette tâche? Académiquement parlant, le chercheur serait beaucoup productif à effectuer lui-même la recherche.
  • Un directeur de recherche est un collaborateur. La relation entre chercheur et étudiant peut varier, de relations très autoritaires à d’autres, plus collaboratives. Toutefois, le directeur sera souvent coauteur des articles de l’étudiant et donc un collaborateur (1). Ce que ça implique, c’est qu’on peut discuter avec notre directeur des méthodes à employer et exprimer son désaccord.
  • Un directeur de recherche est un être humain. Il peut être convaincu d’avoir raison, même s’il a tort. Pour le faire changer d’avis, c’est essentiel d’apporter une argumentation logique, supportée par des données si possible. Dans le processus de trouver cette argumentation et ces données, vous vous rendrez peut-être compte que c’est vous qui avez tort…

Bref, retournez faire vos analyses. C’est plate, mais ce sont les erreurs qui font de nous de meilleurs scientifiques.

(1) C’est très variable entre les milieux, mais c’est le cas en biologie et dans plusieurs sciences pures et appliquées.

C'est quand, déjà, ta soutenance?

Je me rapproche de plus en plus du jour S, comme dans soutenance qui aura lieu le 19 mai. Déjà, plusieurs membres de ma famille et plusieurs amis m’ont confirmé leur présence. J’ai un peu peur qu’ils s’ennuient, mais je vous assure que les visages familiers seront d’un grand soutien cette journée-là ! En plus, j’ai incroyablement envie de partager avec les gens qui me sont chers la fin de longues années d’études.

Par contre, pour ceux qui sont confus quant à mon horaire de tous les jours, ce que je fais en ce moment est encore plus flou. La thèse est écrite, certains articles sont soumis et en révision. Emilie, qu’est-ce que tu fais en attendant ?

Ma principale tâche est de me préparer, sauf que ce qu’il y a à préparer n’est pas nécessairement clair. Disons qu’il y a trois choses que je dois faire et qui peuvent être considérées comme des suggestions pour les étudiants dans ma situation :

1 — Monter et pratiquer la présentation de 20-25 minutes qui commence la soutenance. C’est une tâche facile, mais qui demande de la réflexion. L’objectif de cette présentation est un peu différent de celles que je fais habituellement. Le public cible n’est pas vraiment le grand public, mais plutôt mon comité d’évaluation. La présentation vise à nous remettre tous en contexte.

2 –Prendre connaissance des rapports d’évaluations des membres de mon comité. Comme je n’ai pas encore reçu ces rapports et que je devrais les recevoir une semaine avant la soutenance, disons que cette tâche est en attente.

3 –Lire des articles scientifiques. Les plus récents sur mon sujet (je suis quand même pas mal à jour), ceux sur le contexte large de ma thèse, ceux écrits par les membres de mon comité (pour voir les coups venir)… j’essaie de lire cinq articles par jour et franchement, je commence à être écœurée.

Et entre tout ça, je travaille sur des petits projets. Dans l’ensemble, cette période n’est pas désagréable et (c’est une surprise) peu stressante (1), mais j’ai hâte d’être le 19 mai !

(1) À part certains courts moments d’angoisse sur des points en particulier.

Pas de cerfs dans ma cour!

St-Férréol-les-neiges est connu dans ma région pour sa proximité avec le mont Sainte-Anne. St-Férréol est également à proximité d’un ravage de cerf de Virginie (1), ce qui occasionne différents problèmes à des propriétaires de jardins et de haies de cèdres… Je profite de la recherche faite pour une présentation dans cette municipalité pour vous présenter différents moyens pour limiter les dommages par les cerfs. Les références seront regroupées à la fin de ce blogue.

Avant d’aller plus loin, précisons qu’il n’y a pas vraiment de solution miracle. En hiver, les besoins énergétiques des cerfs sont grands et la nourriture disponible est de faible qualité. Ultimement, il faudra apprendre à cohabiter ! Il existe toutefois différentes façons de prévenir ou de diminuer le broutement.

Photo: E. Champagne

Photo: E. Champagne

La plus efficace est sans conteste la barrière physique, que ce soit une clôture qui prévient l’entrée des cerfs ou une protection sur la plante à protéger. Les clôtures électriques peuvent être très efficaces, mais on peut penser à recouvrir sa haie de bois, de jute ou d’une clôture en plastique. Si vous choisissez d’interdire l’entrée à votre cour par une clôture, ladite clôture devra faire de 2,6 à 3 m de hauteur, car les cerfs sont de bons sauteurs. De plus, la présence de neige les aide à franchir cet obstacle.

Il est possible d’exploiter les réactions de peur des cerfs, en ajoutant des signes de la présence de prédateurs (loups, coyotes), comme des poils ou de l’urine. Il est étonnamment facile de trouver de l’urine de prédateur, mais mes expériences en Outaouais me suggèrent que cette méthode ne peut que diminuer le broutement, sans l’empêcher (2). De plus, il faudra clairement répéter le traitement, parce que les cerfs vont s’habituer. Probablement plus efficace serait de conserver un prédateur dans sa cour, soit, un chien. Toutefois, attention ! Votre chien n’a pas le droit de harceler des cerfs et vous ne pouvez le laisser errer dans un endroit où se trouve du gros gibier.

Il existe de nombreux répulsifs, commerciaux ou recettes de grand-mère. Ma recherche dans la littérature scientifique suggère que les répulsifs efficaces contiennent soit du soufre (œufs pourris), de la capsaïcine (comme dans les sauces piquantes… à très forte concentration !) ou de la caséine hydrolysée (composante de certaines préparations pour nourrissons). Ces répulsifs peuvent diminuer le broutement, mais leur application est à répéter. En hiver, leur efficacité est probablement faible. Quand on meurt de faim, on est pas mal moins capricieux sur ce qui est disponible. Il existe également des engins qui font du bruit ou de la lumière. En milieu urbain ou périurbain, vous risquez surtout d’attirer la frustration de vos voisins et de toute façon, les cerfs vont s’habituer.

Finalement, vous pouvez aménager votre jardin en évitant certaines espèces, en privilégiant d’autres. Notre gouvernement a notamment une liste assez exhaustive de plantes. En hiver, la haie de cèdres sera un attrait important et une source de nourriture non négligeable.

Et voilà, ça fait le tour de ce que j’ai trouvé ! Comme, je l’ai dit, il n’y a pas de solution miracle et le mieux sera probablement de profiter de la vue de ces animaux sauvages.

Sources principales consultées

  • Prescott, Ferron & Taillon. 2013. Sur la piste de nos cervidés. Collection Nature Sauvage.
  • Fiches d'informations du Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (notamment http://www3.mffp.gouv.qc.ca/faune/importuns/fiche.asp?fiche=cerf_virginie#quoi)
  • Hébert, F., M. Hénault, J. Lamoureux, M. Bélanger, M. Vachon et A. Dumont. 2013. Guide d’aménagement des ravages de cerfs de Virginie, 4e édition. Québec, Canada, Ministère des Ressources naturelles et Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs.

(1) Un ravage est la zone dans laquelle les cerfs de rassemblent pour hiverner.

(2) J’en parle ici.  Je n’ai jamais communiqué les résultats de cette expérience sur mon blogue, mais c’est en préparation !

Hum, c'est encore plus intéressant!

Je ne vous avais jamais abandonné aussi longtemps depuis que j’ai créé ce blogue. On dirait qu’avec le dépôt de ma thèse (une semaine avant mes trente ans!), je n’ai soudainement eu rien à dire. J’entame aujourd’hui mon retour avec quelques nouvelles du milieu académique et de mon département. En passant, les Friday links du blogue Dynamic Ecology sont particulièrement bons cette semaine et m'ont inspirée.

Indignation requise

L’Université de Louisiane à Monroe élimine sa collection scientifique pour faire de la place pour une équipe de sport.  Est-ce que j’ai besoin d’en dire plus? J’ajouterai simplement que peu importe nos avancées technologiques, les collections comme celles-là ont leur place dans la recherche et l’éducation.

Un professeur ne prend jamais sa retraite

JAMAIS. Et cette tendance du travail jusqu’à 70 ans et plus, pourrait nous mener vers des problèmes dans le futur. Je ne sais pas quelles pourraient être les conséquences, mais c’est un problème à réfléchir.

Présence des femmes en science

Je discutais avec un des conférenciers du colloque de mon département qui me parlait de la difficulté de recruter des femmes. Tellement de bonne volonté chez de nombreux chercheurs, mais qui semble n’aboutir à rien! Une partie de la solution serait-elle dans l’endroit où nos efforts sont placés? Une lecture intéressante à ce sujet.

Dépression chez les étudiants de maîtrise et de doctorat

Je n’ai pas lu l’article, mais le résumé court de cette nouvelle étude est assez inquiétant : 1 étudiant sur 2 au doctorat est en détresse psychologique, 1 sur 3 est à risque d’un problème psychologique commun comme la dépression. Et le directeur, plus précisément sa façon de gérer, peut être en cause. Aucune surprise ici, mais peut-être des pistes de solution…?

Un résumé du 8e colloque du département de biologie

Les 29 et 30 mars se tenait le 8e colloque de mon département. Entièrement organisé par les étudiants, c’est un évènement qui prend de l’ampleur avec chaque année. Pour des raisons plus ou moins obscures, je suis devenue responsable de live-tweeter l’évènement, soit de partager les conférences sur Twitter. Pour des raisons encore plus obscures, je me suis dit que j’allais faire des résumés disponibles pour les intéressés qui ne sont pas sur Twitter. Vous pouvez consulter chaque demi-journée avec les liens suivants (soyez indulgents pour les fautes d’anglais) : mercredi am, pm, jeudi am et pm. Pourquoi mes tweets sont en anglais, alors que je suis une ardente défenderesse du français en science? Simplement pour joindre un auditoire plus large et international.

Hum, c'est intéressant!

Emilie, où es-tu ? Oui, je sais, j’ai disparu de mon blogue dans le dernier mois. Je prépare le dépôt initial de ma thèse et j’ai peine à garder la tête hors de l’eau. Tout avance bien et je devrais être capable de déposer avant le 23 mars (1). La fin de mon doctorat n’est manifestement pas un abandon de ce blogue ! Pour vous le prouver, je tenais à partager certaines choses que j’ai vu récemment et qui pourraient vous intéresser. Une sélection de liens positifs, pour vous mettre de bonne humeur et procrastiner efficacement. Les liens proposés ne sont malheureusement qu’en anglais.

Femmes en science, encore et toujours

Vous avez de la difficulté à nommer une autre scientifique que Marie Curie ou Ada Lovelace, le projet Beyond Curie est pour vous. Des vignettes informatives sur plusieurs scientifiques oubliées. C’est court et bien fait.

Toucher du bois

Site web au nom accrocheur, Touchedubois.org met en valeur les différentes carrières du milieu forestier. C’est vraiment complet avec des témoignages, des informations importantes sur les différentes carrières, autant en conservation qu’en exploitation de la forêt. Et pas de snobisme ici, on parle autant de carrières avec un DEP, un diplôme de CÉGEP ou universitaire !

Statistique, quand tu nous tiens

Un vieux billet du blogue Dynamic Ecology aborde la question des effets fixes et aléatoires. Vous pourriez être en désaccord avec le texte, mais c’est certain que vous apprendrez quelque chose.

Une recommandation d’un ami (2), le site Seeing theory vous permet de visualiser des concepts statistiques. Une ressource potentiellement intéressante pour enseigner certains concepts de base, comme la distribution et les probabilités.

(1) Et donc, réussir à déposer avant mes 30 ans…

(2) Merci Maxime Brousseau !

Lost in translation

Je crois fermement qu’il est essentiel de faire de la science dans des langues autres que l’anglais, pour garder le contact avec le public, pour stimuler la curiosité, pour garder la science accessible. Si vous n’êtes pas dans le domaine, ça peut sembler aller de soi, mais sachez que la littérature scientifique est majoritairement en anglais (1) et le vocabulaire technique aussi. Parfois, je me rends compte que j’utilise un mot qui n’existe pas réellement. J’effectue sans le savoir une traduction et je participe, peut-être à l’évolution de la langue… Voici quelques-uns de ces mots, avec leur définition emilienne.

Herbivorie : le mot herbivore existe sauf que je ne veux pas désigner un animal, mais le régime alimentaire. Un exemple d’utilisation? « L’herbivorie peut modifier la structure, la composition et le fonctionnement des communautés végétales. » Bon, ce néologisme n’est peut-être pas très seyant… mais c’est parfois pratique !

Exclos : un enclos dont on exclut les herbivores. Mais vous savez déjà tout ça.

Conspécifique : un individu de la même espèce. « Cette plante est entourée de conspécifiques ». En opposition à des individus hétérospécifiques.  

Certains mots ne font pas partie du vocabulaire courant et sont inconnus de mon logiciel de correction, mais peuvent être trouvés sur le site de l’Office québécois de la langue française.

Palatabilité : même en anglais, les chercheurs ne s’entendent pas sur la définition de palatabilité. C’est, plus ou moins, la sensation agréable provoquée par un aliment.

Broutement : consommation de plantes ligneuses, arbre et arbuste. Notons que les Français utilisent le mot abroutissement. Pour des raisons évidentes, je refuse d’utiliser ce mot. (2)

Intraspécifique : dans une même espèce. En opposition à hétérospécifique. Je parle par exemple de variabilité intraspécifique versus interspécifique.

Des fois, je fais simplement des erreurs. Comme inventer le mot synthétisation alors que je parle de synthèse…

(1) Non, ça n’a pas toujours été le cas ! Je vous suggère cet excellent article pour en savoir plus : https://www.theatlantic.com/science/archive/2015/08/english-universal-language-science-research/400919/

(2) Ça sonne tellement comme abruti.

Qui devrait parler de science?

C’est une semaine difficile, à Québec en particulier, avec les nouvelles politiques américaines, en général. Et j’ai longtemps pensé ne pas écrire cette semaine. Ou écrire à propos que je n’écrirai pas, ce qui aurait été un peu ridicule. Finalement, et c’est un peu dans l’air du temps, j’ai eu envie de discuter de relations entre les scientifiques et les médias. En fait, l’idée est venue du groupe de discussion en écologie terrestre auquel je participe depuis ma maitrise (1) et qui s’est basé sur un article de Hans Peter Peters [1].

Entre médias et scientifiques, plusieurs personnes perçoivent un fossé important. Mais comment les scientifiques perçoivent-ils leur relation avec les médias ? L’article de Peters rapporte les résultats de différentes études sur ce sujet. Par exemple, est-ce que les scientifiques pensent qu’on peut partager des résultats avant que ces résultats aient fait l’objet d’une publication révisé par les pairs ? Autour de 50 % des scientifiques américains et allemands interrogés croient que non, on ne peut pas partager des résultats avant publication.

Outre des constatations sur l’état actuel des choses, ce qui m’a le plus intéressé dans cet article est sur l’évolution de la communication scientifique. On se dirige vers une conversation entre les scientifiques et le public, sans intermédiaire journalistique. Bien que j’aime le travail de plusieurs journalistes scientifiques, je pense que cette option de dialogue est particulièrement intéressante. Avec elle, on détruit progressivement l’image du scientifique fou ou très intelligent dans une tour d’ivoire. Cette approche pousse également les scientifiques à rejeter une vision paternaliste d’éducation du public. Plus dynamique, elle permettrait d’engager le public et d’amener plus de gens vers la science ! Je l’espère. C’est un peu ce que j’essaie de faire avec mon blogue, outre les bienfaits personnels que j’en retire.

J’aimerais beaucoup savoir ce que vous pensez de tout ça. Entendre parler de science par des vulgarisateurs scientifiques ou par les scientifiques eux-même ? Et si vous êtes un scientifique, quelle est votre relation avec les médias et la diffusion de la science ?

Parlant d’initiatives de communication directe, le March Mammals Madness approche ! Qu’est-ce ? Une bataille (théorique) entre animaux. Qui du sanglier ou du loup l’emporterait ? Les compétiteurs seront connus un peu avant mars et vous pourrez faire vos propres prédictions !

(1) Merci à Béatrice, l’organisatrice de cette semaine, pour ses réflexions et idées pertinentes !

[1] Peters, H. P. 2013. Gap between science and media revisited: Scientists as public communicators. Proceedings of the National Academy of Sciences 110: 14102-14109.

Se donner des objectifs...efficacement

Une nouvelle année qui commence ! Je pourrais vous parler de mon année 2016 ou encore de 2017 qui s’en vient. Surtout que 2017 est assez excitante : je finis mon doctorat ! Je vais plutôt vous parler de comment je définis mes objectifs, question de vous aider à atteindre les vôtres, qu’ils soient scientifiques ou personnels.

Bon, je ne suis pas une professionnelle de l’organisation et vous pourriez sûrement trouver des livres écrits par de tels professionnels pour vous aider. Mais je réussis généralement à atteindre mes objectifs, donc on va partir de la proposition que ma méthode fonctionne !

1- Prendre le temps de planifier et ne pas le faire rapidement sur un coin de comptoir : la planification est une tâche en soi et tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait (1). Je pense que ça vaut la peine de s’asseoir confortablement et de réfléchir aux objectifs qu’on veut accomplir, au temps que ça prendra et à ce qui est requis pour les atteindre.

2- Décomposer ses objectifs : dans ma liste d’objectifs, je n’ai pas écrit « finir ma thèse ». En fait, oui, je l’ai écrit, mais je décompose cet objectif en sous-objectifs. Par exemple :

  • Écrire mon introduction générale
  • Écrire ma conclusion générale
  • Soumettre mon chapitre 3

Chacun de ces sous-objectifs pourrait être lui-même décomposé en sous-sous-objectifs… le but ici, c’est de transformer un grand objectif difficile à atteindre en petits objectifs. À chaque fois que je complète un de ses petits objectifs, je suis satisfaite de moi-même ! Et quand on est satisfait, on travaille mieux (pas besoin d’étude pour prouver ça…).

3- Ajouter un aspect temporel aux objectifs : soit leur mettre une date limite. Cette date sera basée sur le moment où vous souhaitez compléter votre objectif général et sur l’estimation du temps que prends chaque sous-tâche. Habituellement, j’essaie d’être généreuse dans le temps requis pour chaque tâche. Ça augmente à ma satisfaction de compléter mes objectifs dans les temps ou en avance. Pour les constants retardataires, cette étape est particulièrement importante. Si vous avez de la difficulté à respecter une limite imposée par vous-même, vous pourriez envisager de partager ces objectifs temporels avec un superviseur, un collègue.

Bref, juste des conseils basés sur le gros bon sens ! Parfois, on se met beaucoup de pression en début d’année et on veut être meilleur, plus productif, s’entraîner plus, manger mieux, etc. Pour moi, établir des objectifs précis diminue le stress. Comme je suis capable de voir ce qui s’en vient, je me sens plus en contrôle et mieux préparée.

Quels sont vos trucs pour établir des objectifs efficaces et les respecter?

(1) Ma mère dit toujours ça…

Des bonnes nouvelles?

Il n'y a pas si longtemps, je vous parlais du ratio des genres dans les départements de biologie des universités canadiennes avec des données patiemment récoltées par moi-même. La situation n'est vraiment pas très belle avec une moyenne de 2 professeur-chercheurs pour chaque professeur-chercheuse.

Jeremy Fox, professeur à Calgary et un des auteurs du blogue Dynamic Ecology a regardé le recrutement actuel de professeurs en écologie (donc un sous-échantillon des professeurs précédemment recensés).

La bonne nouvelle? Un ratio des genre très équilibrés dans les personnes récemment engagées!

Les moins bonnes (selon moi)? C'est qu'à ce rythme, ça va prendre plusieurs années à avoir des départements équilibrés. Aussi, c'est un ratio global. Il est possible que certaines institutions restent extrêmement déséquilibrées.

Réjouissons-nous, mais ne considérons pas la situation comme réglée!

Quand la vulgarisation scientifique n'est pas votre tasse de thé...

Il est extrêmement difficile d’apporter une réponse à certaines questions et bien souvent, ces questions deviennent récurrentes : posées souvent, mais sans aucune réponse satisfaisante. Ou alors avec des réponses qui s’opposent et qui ne satisfont que les gens déjà convaincus par cette réponse.

Une de ces questions est la place de la vulgarisation scientifique dans le travail d’un chercheur. J’en entends parler presque quotidiennement sur Twitter grâce à des comptes comme @iamscicomm, @SciComm_Hub, @ScienceBorealis. Ce que je fais sur ce blogue pourrait également être partiellement considéré comme de la communication scientifique. Enfin, je pense.

Vous serez donc peut-être surpris de ma prochaine phrase (moi-même je me surprends) :

Je ne crois pas que tous les scientifiques devraient faire de la vulgarisation.

Parce que :

  1. L’envie et la capacité ne viennent pas avec le métier. Ce n’est pas parce qu’on est un scientifique qu’on devient soudainement bon pour simplifier notre pensée. Certaines personnes n’ont d’ailleurs aucun intérêt pour ce type d’activité. Et je crois fermement que lorsque le cœur n’y est pas, le résultat n’y est pas non plus.
  2. Il existe des professionnels dont c’est le travail. Il existe d’excellentes émissions de télévision et de radio consacrée à la vulgarisation scientifique. OK, parfois leurs explications ne sont pas parfaites du point de vue scientifique. Mais ces gens sont experts de la vulgarisation et donc mieux à même de faire le pont entre les scientifiques et le public.

De plus, certaines personnes prétendent que les articles scientifiques devraient être écrits de façon à être plus accessibles. Désolée, mais non. L’objectif d’un article scientifique est 1) d’informer ses pairs de ses découvertes; 2) d’établir la validité des méthodes employées; 3) de permettre la réplication de l’étude (1). Le langage abscons (2) qu’on y trouve m’est utile à moi, « experte » dans ce domaine. Est-ce qu’on demande à un ingénieur d’expliquer à un autre ingénieur le fonctionnement d’un système de la même façon qu’il l’expliquerait à un enfant? Non et c’est bien ainsi.

Ceci dit, je crois que la vulgarisation scientifique est essentielle. Elle devrait être mieux reconnue dans les candidatures des professeurs-chercheurs et être correctement financée.

En désaccord avec moi? Exprimez-vous!

(1) Voyez-vous d'autres raisons?

(2) Obscur et incompréhensible!

Semaine du libre accès 2016: Actions concrètes pour étudiants

*Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à aller lire mon texte Les trous dans le tuyau sur le site Françoise Stéréo !*

Nous sommes dans la semaine du libre accès et dans ce cadre, j’ai donné conjointement avec Valérie Harvey, doctorante en sociologie, une présentation à la bibliothèque de l’Université Laval. Toutes deux avons en commun notre participation à OpenCon grâce à cette même bibliothèque. Dans ce cadre, on a réfléchi à quelques conseils qu’on pourrait donner à des étudiants qui veulent que leur science soit libre d’accès. Voici donc un résumé de nos conseils :

1- S’informer : je crois qu’il est essentiel pour un chercheur évoluant dans le monde actuel (1) de maîtriser les différentes notions liées au libre accès. Qu’est-ce qu’un article publié dans le gold open access ? Le green open access? Quelles sont les nouvelles règles concernant le libre accès dans les organismes de financement canadiens ? Qu’est-ce que le droit d’auteur et la licence d’utilisation ? Heureusement, il existe plusieurs ressources à ce sujet. Notamment : SPARC et OOOCanada. Et aussi le portail du libre accès de la bibliothèque de l’Université Laval.

2- Discuter : avec son entourage, pour répondre la bonne nouvelle. Mais surtout avec son directeur/directrice de maîtrise ou de doctorat. Le mieux serait d’avoir cette discussion en début de projet, mais n’importe quel moment peut convenir. Les points à aborder ? La possibilité de publier en libre accès et de disposer de fonds lorsque le journal est payant. L’archivage en ligne des données du projet. L’utilisation de preprint. Les changements possible d'apporter aux contrats avec les éditeurs (une chose que j'aimerais faire, mais que je n'ose pas encore). C’est un bon départ !

3- Archiver : ses données (2), ses preprints, ses articles publiés (selon les règles du contrat signé avec l’éditeur et de son organisme de financement).

4- S’afficher : faire de la science ouverte, c’est également s’assurer que notre œuvre soit facilement accessible et trouvable. Se créer un profil Academia.edu, ResearchGate, GoogleScholar (minimal et essentiel à mon avis !) ainsi qu’un identifiant ORCID. D’ailleurs, pour ceux qui sont à Québec, la bibliothèque organise un 4 à 7 ce vendredi au Fou AÉLIES où l’on pourra se créer un ORCID. J’y serai !

J’aimerais bien savoir ce que vous pensez de tout ça…laissez-moi vos commentaires !

(1) Et non dans le monde dans lequel son directeur/directrice de recherche a évolué. Étonnamment, plusieurs étudiants ne semblent pas comprendre que le monde académique a beaucoup changé ces dernières décennies, particulièrement à cause d’Internet.

(2) Je suis délinquante sur ce point, mais je vais essayer de régler cela avant de graduer!

La journée d'Ada Lovelace

Cette semaine, on célébrait la journée d’Ada Lovelace, de son vrai nom Augusta Ada King-Noel, Countess of Lovelace. Vous ne connaissez pas Ada? Comme bien des femmes scientifiques, elle est tombée dans un certain oubli.

Et comme quelques scientifiques, elle est maintenant énormément célébrée et présentée comme un exemple. On peut difficilement s’opposer à la vertu et je suis donc très heureuse que les premiers travaux d’Ada sur les ordinateurs soient reconnus. Mais, fidèle à moi-même, j’ai une certaine réserve face à la glorification de scientifiques individuels.

Des quelques portrait existant d'Ada, celui-ci est le plus frappant. Comme quoi on peut être féminine et intelligente...

Premièrement, la science est un travail éminemment collectif. Oui, certains chercheurs et chercheuses ont apporté des contributions exceptionnelles et il faut le reconnaitre. Toutefois, leurs travaux se basent sur des années de recherche par d’illustres inconnus. C’est ce qui explique d’ailleurs que certaines découvertes scientifiques sont effectuées au même moment à deux endroits du globe. Un petit peu de zeitgeist, porté par les découvertes des années précédentes. On ne fait pas de science dans une bulle imperméable aux connaissances. Isaac Newton aurait d’ailleurs écrit : « J'ai vu plus loin que les autres parce que je me suis juché sur les épaules de géants. »

Deuxièmement, la déification (1) d’un scientifique nous donne l’impression qu’il faut un cerveau exceptionnel pour faire de la science. C’est faux. La nature est à la portée de n’importe qui a la volonté de l’étudier. Il faut de la persévérance, de la curiosité et oui, de l’intelligence, mais nul besoin d’être un génie. C’est d’autant plus important quand on donne des modèles à des jeunes filles qui doutent déjà de leur capacité à travailler en science et qui ont si peu de modèles.

Bref, célébrons les femmes et la diversité en science! C’est bon pour tout le monde. Mais assurons-nous que des modèles de réussite diversifiée soient présentés.

(1) Bon, j’exagère un peu pour Ada. Mais Einstein est clairement déifié!

Est-ce qu’il y a réellement une perte de biodiversité locale?

Ma tête roule à 100 miles à l’heure ces temps-ci. Tellement, que je ne savais pas trop quel sujet aborder. Je suis donc retourné voir mon sondage et j’ai vu un intérêt pour la vulgarisation scientifique (bien que les réponses obtenues soient très diverses). Ce qui m’amène à vous parler d’un article pas si récent (2013), mais qui déclenche encore les passions dans le milieu de l’écologie.

Cette étude s’attarde à la biodiversité, soit le nombre d’espèces présentes dans un milieu. Globalement, la biodiversité décline et il est incontestable que certaines espèces disparaissent ou sont en voie de disparition. Vellend et collaborateurs se sont toutefois demandé si cette diminution globale est également visible à une échelle locale. C’est-à-dire qu’ils posent la question suivante : si l'on regarde les données prises dans de petites parcelles, en deux années différentes (1), est-ce qu’il y aura un déclin dans le nombre d’espèces? Ils ont donc écumé la littérature scientifique et effectué une méta-analyse. Leur résultat principal est heureusement simple à comprendre (les commentaires en français sont de moi) :

Non, la biodiversité ne décline pas à l’échelle locale, car la majorité des études rapportent un changement dans le nombre d’espèces qui est près de 0. Les scientifiques et les médias rapportent souvent qu’il faut préserver la biodiversité, car elle maintient les fonctions et services d’un écosystème (comme la production de nourriture, par exemple). Sauf que les fonctions écologiques s’effectuent généralement à des échelles locales et qu’il n’y a pas de perte de biodiversité à cette échelle…

Bon, il faut apporter quelques nuances. (1) Cette étude ne regarde que la diversité végétale. (2) Cette étude ne parle pas de la composition. En effet, on peut avoir le même nombre d’espèces dans un milieu, mais n’avoir que des plantes envahissantes. Ces plantes envahissantes, ayant évolué dans un autre écosystème, pourraient ne pas être très utiles aux organismes d’ici. N’empêche que cette étude a marqué le début d’une discussion très intéressante dans le milieu, discussion qui continue aujourd’hui.

Vellend, M., L. Baeten, I. H. Myers-Smith, S. C. Elmendorf, R. Beauséjour, C. D. Brown, P. De Frenne, K. Verheyen and S. Wipf. 2013. Global meta-analysis reveals no net change in local-scale plant biodiversity over time. Proceedings of the National Academy of Sciences 110: 19456-19459.

(1) Séparées d’au moins 5 ans.

Interlude de programmation: enregistrer une figure

Hier, c’est encore arrivé. J’ai vu passer, sur un média social, un des conseils que je déteste le plus. Comme je ne peux pas vous surveiller en tout temps, j’ai décidé de clarifier cette situation via mon blogue :

N’utilisez pas la fonction d’exportation intégrée à Rstudio!

Premièrement, je ne suis pas une intégriste de ce qu’on doit et ne doit pas faire. Vous pouvez ignorer mon conseil et être un excellent étudiant/codeur/scientifique. Par contre, je vous donne ce conseil basé sur mon expérience et sur des raisons claires :

  • Utiliser la fonction intégrée de Rstudio ne rend pas reproductible l’exportation de votre figure. Oui, il y a un moyen d’extraire ce code. Mais ne vous mentez pas, vous ne le ferez pas.
  • La fonction intégrée permet de choisir la taille et la résolution, mais si vous avez à faire un changement rapide à la figure, il se peut que vous ne vous rappeliez pas les options choisies. Oui, vous pouvez aller les retrouver dans le précédent export de la figure, mais c’est plus lent. Et si quelqu’un d’autre doit le faire, c’est plus compliqué.

« Mais Emilie, que dois-je faire? »

Coder l’export de votre figure, comme toutes les autres actions que vous faites dans R ou Rstudio. Oui, c’est plus long la première fois. Oui, ça nécessitera du taponnage. Mais vous y gagnez pour le futur. Surtout si vous êtes rendu à soumettre le manuscrit qui contient cette figure à un troisième magazine qui demande un format différent!

Pour ce faire, je vous propose la série de fonctions suivantes : pdf(), tiff(), jpeg()… il y en a pour tout les goûts. Votre code final ressemblera à ceci :

>jpeg(file="D:/Documents/Figure1.jpeg", res = 300, width = 1000, height= 1000)
>#La fonction d’écriture de figure
>
>#Suit le code pour le graphique
>Ctot <- c(3.04, 3.20, 3.38, 3.56, 3.74, 3.92, 4.10, 4.28, 4.46, 4.64, 4.82, 5.00, 5.11)
>Ltot <- c(2.54, 2.76, 2.99, 3.19, 3.36, 3.50, 3.62, 3.72, 3.81, 3.89, 3.97, 4.05, 4.10)
>Utot <- c(3.54, 3.64, 3.77, 3.93, 4.12, 4.34, 4.59, 4.85, 5.12, 5.39, 5.67, 5.96, 6.12)
>densit <- c(-1.45, -1, -0.5, 0, 0.5, 1, 1.5, 2, 2.5, 3, 3.5, 4, 4.29)
>plot(Ctot~densit, ylab = "% shoots browsed on all species", xlab = "Number of stems", type = "n", ylim = c(0,10))
>lines(densit, Ctot)
>lines(densit, Utot, lty = 2)
>lines(densit, Ltot, lty = 2)
>
>dev.off()
>#Pour indiquer qu’on a terminé la figure!

Pour conclure, certaines personnes utilisent des logiciels d’édition graphique pour manipuler leurs figures après les avoir faits dans R (ajouter du texte dessus, mettre plusieurs figures ensemble). Personnellement, je ne le fais plus, pour les mêmes raisons de reproductibilité et de facilité à changer format, taille, résolution. Oui, c’est parfois long réussir à faire ce que vous voulez dans R. Mais c’est plus payant à long terme.

Avez-vous d’autres astuces? Partagez-les en commentaires ci-dessous! Vous pouvez également exprimer votre désaccord.

Lecture: Le bonobo, Dieu et nous

Les biologistes sont relativement nombreux à s’élancer joyeusement sur le chemin de la réflexion philosophique et spirituelle. Il y a l’athée militant et provocant Richard Dawkins. Durant mon baccalauréat, j’ai lu Le gène égoïste de Dawkins, un livre marquant pour la biologie qui parle de sélection, d’altruisme et de meme (c’est lui qui a créé le mot!). J’ai aussi lu l’un de ses livres sur l’athéisme, à un moment où ça m’a été bien utile. Il y a aussi Cyrille Barrette, qui a été mon professeur et dont j’ai aimé les livres, Miroir du monde et Mystère sans magie. Cyrille a une thèse relativement simple : la science et la religion ne sont pas en opposition, elles ne discutent pas sur le même plan.

La semaine passée, j’ai découvert un autre de ces biologistes qui parle de spiritualité, soit Frans de Waal, avec Le bonobo, Dieu et nous. C’est un livre particulièrement intéressant, où de Waal se place en opposition avec l’athéisme militant de Dawkins. C’est surtout un livre où il contre cette idée que sans religion, il n’y a plus aucune morale. La morale nous viendrait du bas, c’est-à-dire qu’elle serait un produit de l’évolution. Comment? Par le développement de l’empathie, nécessaire à la vie sociale. À travers plusieurs exemples chez les grands singes, chimpanzés et bonobos, mais aussi chez les éléphants, de Waal illustre cette thèse.

La dernière fois que j’avais lu sur l’altruisme, c’est dans Le gène égoïste. Je suis une écologiste, pas éthologue. Les biologistes ont commencé à aborder l’altruisme avec les insectes sociaux. Et ce sont rendu compte que lorsqu’il y a altruisme, il y a un fort partage de gène! Ce que vous seriez prêt à faire pour une sœur, le feriez-vous pour un cousin?  Le livre de de Waal m’a mise à jour sur le sujet et m’a démontré qu’il y a beaucoup plus derrière l’altruisme. Reste que les grands singes (et les humains) sont prêts à aider beaucoup plus un individu qu’ils connaissent et qui fait partie de leur groupe…

C’est un livre dense dont je ne vous ai résumé que quelques points. La thèse développée n’est pas non plus très claire, donc sujette à interprétation!

En version originale :

de Waal, Frans. 2013. The bonobo and the atheist: in search of humanism among the primates. WW Norton & Company.

En français:

de Waal, Frans. 2013. Le bonobo, Dieu et nous: à la recherche de l’humanisme chez les primates. Les liens qui libèrent.